About Joséphine Canaan

« DE L’ORDRE, DE L’ORDRE », nous dit-on ! Mais à quoi bon ? Moi, je me plais bien dans mon désordre ordonné. Une information par ci, une information par là... Dans ma tête, tout cohabite, s’entremêle, s’enlace : l’économie, la littérature, la physique, le droit… tout fusionne, pétille et s’embrase à l’exemple des anges et démons de ma vie qui dansent ensemble à un rythme effréné. Mes idées se plaisent tellement dans ce désordre qu’elles accourent à moi quand j’en ai besoin. Elles me sont bien reconnaissantes de leur avoir accordé une telle marge de liberté ! Une liberté sans prix… C’est d’ailleurs exactement pour cela que j’ai choisi la traduction : pour ne pas avoir à choisir !
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ALES au pays des merveilles

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Une partie de l’équipe de l’ALES à l’entrée de la grotte de Kanaan

 

Qui aurait pu deviner qu’une maison des plus ordinaires à Jdeidet El Metn serait en fait le local de l’Association Libanaise d’Études Spéléologiques (ALES) ? Quitter ce local pour suivre l’équipe dans l’une de ses expéditions signifie perdre de plus en plus ses repères pour s’accrocher à d’autres, tout à fait nouveaux et différents, au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans un autre monde, un monde pourtant menacé de mille dangers…

Dans le local, photos au cœur de l’action, manuels de conseils techniques, matériel étrange et souvenirs d’expéditions donnent à tout non-initié un avant-goût d’un monde riche en surprises et en nouveautés. Après avoir rempli ses sacs du nécessaire, l’équipe ne tarde pas à former un convoi. Destination : la grotte de Kanaan à Antélias.

Suite à une escalade d’une dizaine de mètres à l’aide d’une corde, le groupe parvient à la hauteur de la grotte. Les cris des chauves-souris apeurent une novice que le membre actif Rayan Zgheib, un mi-sourire aux lèvres, s’empresse de rassurer : « Les chauves-souris ne s’accrochent pas aux cheveux des filles. Ce n’est qu’un mythe. »

 « C’est un autre monde »,  a constaté l’une des nouvelles initiées, impressionnée…

Première observation : la grotte de Kanaan est bien petite. « Mieux vaut ne pas se fier aux apparences », lance, en connaissance de cause, le membre stagiaire Joseph Chakhtoura. Car après avoir rampé pendant cinq bonnes minutes dans un mince espace vide horizontal entre deux strates, l’équipe aboutit à une seconde chambre de la grotte qui s’avère beaucoup plus spacieuse que la première. Idem pour un second joint de stratification.

 Et pourtant, la grotte de Kanaan est « une grotte pour débutants », selon les dires de Joseph Tabet, président du comité administratif de l’ALES. « Son sol est soit horizontal, soit oblique, explique-t-il. D’autres grottes ont de longs passages verticaux qui requièrent escalade et rappel. Et ne parlons pas des siphons ! »

 Paresseux donc s’abstenir car qui dit ALES dit, entre autres, escalade, rappel, plongée, sessions de secourisme, mais aussi étude scientifique poussée du terrain.

 « C’est un autre monde », constate l’une des nouvelles initiées, impressionnée. « Un autre monde, tu l’as dit ! Mais tu n’as encore rien vu…», répond Badr Jabbour-Gédéon, l’une des fondatrices de l’ALES, avant que le « un autre monde…», rêveur, de Joseph Chakhtoura ne clôture ces propos.

 Et si ALES devait soudain se réveiller ?

 Oui, il existe bien un autre Liban… un Liban que les conflits religieux et politiques quotidiens n’atteignent pas. Il est disséminé un peu partout, dans plusieurs régions, sous forme de grottes, sortes de havres de paix protégés. Ou le sont-ils vraiment ?

 « Nooon ! » rugit de sa voix caverneuse Badr Jabbour-Gédéon, avant de s’empresser de féliciter l’un des novices pour avoir évité de justesse d’écraser une pauvre stalagmite. Et d’expliquer que le fil blanc et rouge délimite une zone sensible qu’il ne faudrait en aucun cas franchir de peur de l’abîmer.

 « Lorsque vous rentrez dans une grotte, ajoute-t-elle, vous y introduisez des bactéries qui ne devraient pas y être. Vous lui faites du mal, que vous le vouliez ou non. Ne causez donc pas encore plus de dégâts inutiles ».

 En l’absence de réglementations gouvernementales, toute personne peut accéder aux grottes. Le fil blanc et rouge de l’ALES est donc la seule mesure de protection que cette Association a pu mettre en place jusque-là afin de pousser tout aventurier à penser avant de piétiner les stalactites et stalagmites inconsciemment ou de les casser sciemment.

 « En tout cas, explique le membre actif Samer Amhaz, l’ALES n’était jusque-là pas très ouverte au public de peur que les grottes ne soient vandalisées une fois leur emplacement découvert par certains novices. Aujourd’hui, par contre, l’Association est plus ouverte aux nouveaux membres par souci de continuité. »

 « Vous êtes la nouvelle génération de l’ALES, dit Badr Jabbour-Gédéon avec fierté à la jeune équipe qui l’entoure. Ce sera à vous de protéger le patrimoine sous-terrain. L’avenir de la spéléologie au Liban est entre vos mains. » Les apprentis spéléologues, assoiffés d’aventures dans ce pays des merveilles, ne se font d’ailleurs pas prier…

Joséphine Canaan

N.B. Ce reportage a été préparé dans le cadre du cours Reportage dispensé par Mme Elsa YAZBEK CHARABATI. La collaboration entre le cours de Traduction médiatique et le cours Reportage a été lancée durant l’année universitaire 2009-2010.

Le Liban en chiffres : Ce qu’on ignore !

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Le Liban est le seul pays au monde à ne pas avoir recensé ses habitants depuis la seconde guerre mondiale ! Il existe quelques recensements au niveau des familles, certes, mais ils ne sont pas suffisants, tellement ils étaient sporadiques, mal organisés voire erronés !

Dans son étude démographique sur le Liban, axée surtout sur les jeunes appartenant à la catégorie d’âge des 15-29 ans, M. Riad Tabbarah,  directeur du Centre d’études et de projets pour le développement, a eu recours aux statistiques officielles, aux statistiques, prévisions et projections internationales  à certaines études statistiques menées au niveau local ainsi qu’à l’étude de l’université Saint-Joseph sur l’émigration et bien d’autres. Il en a dégagé  une idée générale de la situation des Libanais, et plus particulièrement des jeunes de 15 à 29 ans qu’il a exposée dans l’article paru dans le quotidien libanais An-Nahar du 19 mai 2013.

Dans cet article, nous exposons ce qui a été révélé sur le plan démographique quitte à poster, au fur et à mesure, d’autres faits marquants relatifs à la famille, à l’immigration, à l’enseignement, à l’emploi, à la santé et enfin à la participation des jeunes à la vie en société.

Démographie : De moins en moins de jeunes…

Saviez-vous que le taux de fécondité au Liban est inférieur au taux de remplacement c’est-à-dire que le nombre moyen d’enfants par femme est inférieur à 2, ce qui rendrait le taux d’accroissement naturel de la population négatif dans le futur proche ? En effet, le taux de croissance démographique est négatif en raison de l’importante immigration.

Saviez-vous que le pourcentage de jeunes (15-29 ans) a atteint aujourd’hui son plus haut niveau puisqu’ils représentent 27% de l’ensemble  de la population et qu’il atteindra les 24% selon l’ONU à la fin de cette décennie  et poursuivra sa diminution dans les prochaines décennies ?

Saviez-vous que l’âge moyen des citoyens libanais résidents a augmenté en passant de 19 ans en 1970 à 29 ans en 2010, et qu’il est prévu qu’il soit de 33 ans  à la fin de cette décennie en raison du vieillissement de la population dû essentiellement à la diminution du taux de fécondité et à l’augmentation de l’espérance de vie ?

Saviez-vous que l’espérance de vie à la naissance a augmenté au Liban en passant de 66 ans en 1975 à 72 ans en 2005 et qu’il est prévu qu’elle atteigne les 77 ans en 2020 ?

Saviez-vous que, selon les projections de l’ONU, le pourcentage de personnes âgées (65 ans et plus) atteindra 16% et égalera celui des enfants (moins de 15 ans) en 2040 pour finir par le dépasser rapidement ?

Prochain article : Le Liban en chiffres : Taux d’analphabétisme presque nul mais un accès difficile à l’emploi

Source :

رياض طبارة، « حقائق سكانية لبنانية: الشباب 27% من السكان نسبة مشاركة الشباب لم ترتفع كثيرًا منذذ العام 1970″، في جريدة النهار، ١٩ أيار ٢٠١٣، http://newspaper.annahar.com/article.php?t=mahaly&p=11&d=25079

 

Logement au Yémen… ou mirage au milieu du désert

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Du mirage à la réalité :
un passage douloureux

Un logement décent et sécurisé au Yémen ? Mais vous hallucinez ! Il faudrait commencer par trouver une solution aux problèmes de l’instabilité politique, de la corruption et de la pauvreté qui sévissent dans ce pays ! Une mission qui semble relever de l’impossible…

Imaginez-vous donc un pays où les logements sont un trophée de guerre ! La polémique sur l’appartement du dirigeant du Sud et ex-vice-président Ali Salim al-Beidh, par exemple, fait toujours rage. Les Yéménites du Sud accusent les fils du chef tribal du Nord, le feu Cheikh Abdullah bin Hussein Al-Ahmar, de s’être emparés de l’appartement d’al-Beidh suite à la victoire des forces du Nord lors de la guerre civile de l’été 1994, alors que les fils d’Al-Ahmar, eux, affirment l’avoir acheté à l’État.

Et ce n’est pas cet État, rongé par la corruption, qui arrangera les choses ! Car les hommes au pouvoir disposent des propriétés étatiques comme bon leur semble. Ils les volent au vu et au su de tous et les utilisent même pour l’achat de patrimoine. La situation est telle que les terrains et les villes résidentielles déclarées par le gouvernement s’avèrent toutes être soit fictives, soit réservées à de fidèles membres de leurs partis et de leurs tribus. Si bien que le serment de réserver 45 000 lopins de terrain aux jeunes a été accueilli par les railleries d’un peuple habitué aux promesses de monts et merveilles des responsables, des chefs de partis et des candidats aux élections. D’ailleurs, le locuteur beau parleur, le gouverneur de la province d’Aden en l’occurrence, a, comme par hasard, fait entendre sa voix au moment même où le président consensuel et ses adjoints font des mains et des pieds pour que les mouvements séparatistes du Sud participent au dialogue national.

Les chefs séparatistes ont par ailleurs profité de l’indignation suscitée par le pillage de terrains à Aden et par la construction de villas et de palais par des hommes influents du Nord pour enflammer le Sud contre le régime de Sanaa.

En fait, les soucis et problèmes des jeunes, tels que le logement, le travail et le mariage, ont toujours été de simples cartes entre les mains des différentes forces politiques et des gouvernements successifs. Rien que des « parole, parole » pour parvenir à leurs fins… Après 33 ans de règne, l’ex-président Ali Abdallah Saleh a battu le record des promesses pour n’en tenir qu’une seule : la création de 60 000 emplois pour les diplômés. Et encore, une promesse tenue par pur hasard ! Saleh l’avait faite dans une tentative désespérée de contenir le mouvement de contestation désirant le renverser et elle n’a été concrétisée que par un gouvernement qui, constitué après la démission  du président, suivait lui aussi ses propres intérêts.

La pauvreté et le chômage galopants et l’étendue de la corruption font du logement l’un des problèmes les plus graves auxquels sont confrontés les jeunes. Il les hante dès leur arrivée en ville pour leurs études universitaires jusqu’à leur entrée sur le marché du travail et leur lutte pour fonder une famille. Aref et Afaf, jeune couple nouvellement marié, a dû se résoudre à vivre dans la petite chambre d’une maison se trouvant au département de Dar Saad, à Aden. La propriétaire paralysée a accepté de les héberger à condition que Afaf l’assiste.

Le Yémen compte parmi les pays les plus pauvres du Moyen-Orient, alors que sa croissance démographique est des plus élevées au monde. Du pareil au même dans la capitale et dans les villes : rares sont les familles qui acceptent de vivre dans des immeubles, ce qui fait de la construction horizontale la règle générale. Et c’est le modèle de la famille élargie vivant dans un même appartement qui prime, alors que la famille nucléaire se fait encore rare. Les célibataires, eux, peuvent toujours rêver d’avoir leur propre appartement !

Un logement  décent et sécurisé au Yémen… Peut-être bien… Un jour… Mais sûrement pas de sitôt en tout cas !

علي سالم،  » السكن والديموقراطية وجها المعضلة اليمنية »، في جريدة الحياة، ١٢ نوفمبر ٢٠١٢، http://alhayat.com/Details/451888

Le droit de ne PAS garder le silence

« Soyez assez forts pour faire de l’autonomie une habitude
Soyez assez vous-mêmes pour vous démarquer de la multitude
Mais soyez aussi assez sages pour savoir quand vous unir en toute certitude
Lorsque le bon moment arrive sans aucun prélude »

Place à March qui a débarqué cette année à l’Université Saint-Joseph, mais aussi à l’Université Américaine de Beyrouth, à l’Université Libano-Américaine et à l’Université Notre-Dame de Louaizé. En y ouvrant de nouveaux clubs, cette organisation, fondée en 2011, cherche à élargir son cercle de bénévoles et de citoyens engagés. Son but : habiliter la société civile en la faisant parvenir à une entente malgré ses différences et en promouvant le respect entre ses groupes variés à travers la liberté d’expression.

Une liberté d’expression qui n’est d’ailleurs pas moins que le « catalyseur de la tolérance » selon les dires de la co-fondatrice et coordinatrice générale de March, Léa Baroudi, qui parle de la nécessité d’«apprendre comment nous mettre d’accord sur un désaccord ».

« Nous avons réalisé que la liberté d’expression est le droit qui accompagne tous les droits civiques et avons donc décidé de commencer par la base », explique-t-elle.

Ainsi, « vous avez le droit de ne pas garder le silence » est en quelque sorte le slogan de cette ONG se battant contre la censure médiatique au Liban et apprenant aux jeunes comment faire de leur droit à la liberté d’expression le fondement d’une coexistence pacifique.

Entre ses ateliers de travail, ses conférences, ses newsletters et son Musée virtuel de la censure, une base de données interactive en ligne affichant les cas de censure au Liban depuis les années 1940, March a un emploi du temps bien chargé.

Et il le faut bien à en juger par l’indice de la liberté de la presse internationale de l’année 2013. Selon Reporters Sans Frontières, le Liban a chuté de huit places depuis le rapport de l’année dernière et est actuellement classé en 101ème position, après des pays tels que le Guatemala, la Mongolie et le Kosovo.

« La Sûreté Générale, le ministère de l’Information et le ministère de l’Intérieur ont tous leur mot à dire quant à ce qu’il convient de publier », explique Baroudi. « Et puis il y a les autorités officieuses telles que les chefs religieux, les partis politiques et les ambassades étrangères qui, toutes, peuvent faire pression ».

Selon Rabih el-Chaer, professeur de droit constitutionnel à l’Université Saint-Esprit de Kaslik et conseiller de March, « la loi de censure des médias est vague et date des années quarante… [et] quoique l’article 13 de la Constitution affirme le droit à la liberté d’expression, les lois sont interprétées de différentes façons, ce qui conduit à une censure médiatique arbitraire ».

March n’est pas l’unique soldat de la guerre contre la censure médiatique. Plusieurs blogueurs exposent en effet ce problème en repostant ce qui a été censuré.

Tel est le cas de Gino Raidy, l’auteur de Gino’s Blog. « Les gens n’ont ni le temps ni la patience de suivre de près la violation de notre liberté de choix et d’expression », dit-il. « J’essaie de mettre en lumière les importantes violations dont j’ai connaissance, que ce soit des livres, des films ou tout le reste ». Et d’ajouter : « L’effet que peuvent avoir les sévères critiques du public à l’égard de l’extrémisme, du racisme ou du confessionnalisme est bien plus important que leur interdiction par la force de la loi ou de quelque ordre exécutif ».

Une autre blogueuse, Abir Ghattas, a été accusée de diffamation et acculée à supprimer le post ayant pour sujet l’ex-directeur général du supermarché Spinneys sans autre autre forme de procès.

Imad Bazzi, lui, a connu une amère expérience en 2003 : il a été battu et obligé à donner le mot de passe de son blog pour s’y être attaqué à l’armée syrienne. Le mur de la peur a été brisé depuis. Selon lui, les avantages de la campagne cybernétique est le fait que les blogueurs forment une sorte d’équipe spéciale et de groupe de pression contre la censure lorsque chacun d’entre eux défend la liberté d’expression de l’autre.

« Tant que ce que vous dites ne fait de mal physique et direct à personne, vous ne devez pas être empêchés de le dire », affirme Mustapha Hamoui, auteur du blog Beirut Spring. Si Hamoui pense que le futur de la lutte contre la censure médiatique est prometteur grâce aux réseaux sociaux qui rendent la censure impraticable et néfaste pour les autorités, Bazzi, lui, est plus pessimiste. Selon lui, le seul changement jusque-là est le fait que les ONGs et activistes ont réussi à briser le mur du silence et à sensibiliser le public au sujet de la censure médiatique.

« Les Libanais se plaisent à se répéter le mythe selon lequel nous vivons dans un pays libre », dit-il. « Mais le vrai défi, celui de protéger la liberté d’expression, attend toujours d’être relevé. D’ici là, une vigilance constante est de rigueur ».

Joséphine CANAAN

Yasmine SAKER. «MARCH and Bloggers Fight Censorship », in The Daily Starhttp://www.dailystar.com.lb/News/Local-News/2013/Mar-04/208693-march-and-bloggers-fight-censorship.ashx#axzz2RTX4CAe7, March 04, 2013.