About Lina SADER FEGHALI

Traductrice - Terminologue - Traductologue Professeur associé École de traducteurs et d'interprètes de Beyrouth Université Saint-Joseph
Grey

Traduction marathon : 576 pages en 7 jours !

C’est le record enregistré par trois traductrices qui ont réussi à adapter un roman de 576 pages en 7 jours seulement. Et pour cause : l’éditeur Lattès a décidé d’avancer la sortie française du quatrième tome de la saga romantique sadomasochiste, Grey, cinquante nuances de Grey par Christian, au 28 juillet.

Qualifiée d’exploit logistique, par le directeur commercial des éditions JC Lattès qui a réussi à mobiliser trois traductrices au lieu d’une habituellement, cette traduction marathon ne peut laisser les traducteurs indifférents.

Est-ce que la relation sado-masochiste entre les deux protagonistes de cette saga s’est transposée à l’éditeur et ses traductrices ? L’éditeur aux tendances sadiques n’a pas hésité un seul moment à imposer à ses traductrices un timing serré sous prétexte de « ne pas priver les lecteurs d’un livre d’été ». Quant aux trois traductrices, la québécoise Denyse Beaulieu, ainsi que Dominique Defert et Carole Delporte, elles ont vraisemblablement accepté les conditions contraignantes qui leur ont été imposées. Denyse Beaulieu, la traductrice qui a aussi supervisé cette adaptation marathon, semble d’ailleurs ne pas se plaindre voire s’y plaire. Pour elle, il a suffi de fixer rapidement certaines conventions pour l’adaptation de certains mots, notamment les termes sexuels. Avec, en outre, une exigence française à laquelle il fallait répondre ; «les habitudes littéraires françaises tolèrent beaucoup moins la répétition du même mot à deux lignes près», a-t-elle précisé dans une entrevue avec Le Parisien (à lire).

«Chacun s’est mis à sa partie, au rythme de douze heures par jour », raconte-t-elle. Donc, environ 27 pages ont été effectivement traduites par jour par traducteur soit plus de 2 pages par heure. Un vrai record qui dépasse de loin les capacités du traducteur humain !

Peut-on dire aller jusqu’à dire que ce record a pu être battu car ce quatrième tome a été qualifié par les lecteurs de « paresseux »?  Ils semblent que plusieurs scènes sont de véritables copier-coller de scènes du premier livre. Preuve à l’appui, des passages du livre de 2012 et celui de 2015 ont été mis côte-à-côte pour comparer. Ce quatrième livre raconte en effet l’histoire du premier roman, mais du point de vue de Christian Grey ! Et dans ce cas, l’on se demande si les traducteurs ont eu recours à une mémoire de traduction pour aller plus vite. Ce serait une première dans le domaine de la traduction littéraire !

Ce qui est certain c’est que ce « roman de plage » a rapporté aux traductrices des droits d’auteurs non négligeables qui ne sont évidemment pas équivalents à ceux de l’auteur. Est-ce une raison suffisante pour accepter de telles conditions de travail ?

«Citoyen-traducteur» ou «transcitoyen» : Un nouveau concept

Un forum est un lieu d’échanges où l’on peut exprimer son point de vue ou partager une lecture intéressante ou une technique utile. Ce billet s’inscrit dans ce cadre et vous invite à lire un article d’un intérêt particulier pour les traducteurs et interprètes puisqu’il lance un nouveau concept, celui du «citoyen-traducteur» ou «transcitoyen».

« L’identité de l’Europe, c’est la traduction » est un article de Camille de Toledo (écrivain) et Heinz Wismann (philologue) paru dans Le Monde du 25 juin 2014. Voici quelques propos à méditer qui vous donneront un avant-goût de l’article :

« […] Nous habitons désormais des espaces multilingues, plurinationaux. Nous existons dans des «entre-lieux», entre un pays et un autre, entre une ville d’adoption et une ville de naissance. Et il naît de cette situation une nécessité de repenser un lien d’appartenance en accord avec la réalité de nos vies diffractées.

Définir le citoyen européen au XXIe siècle comme « citoyen-traducteur » permet d’articuler des loyautés multiples : être de sa ville, de sa région, de son pays et d’un espace plus vaste, lui-même défini comme espace où la « traduction » est la langue commune. Penser l’appartenance comme un effort pour traduire l’autre et se traduire pour l’autre, ou pour soi-même se tenir, là où la vie et la culture nous mettent, entre les langues, les genres, les rites, les fidélités et les affranchissements.[…]

Repenser l’Europe à partir des «entre»-mondes, autour du seul tryptique qui prépare l’avenir : traduction, migration, hybridation. Autoriser le multiple pour l’avenir, penser les attachements et les loyautés plurielles, voilà le sens de cette langue des langues. […]»

Il est bien entendu recommandé de lire le texte intégral : http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/06/25/l-identite-de-l-europe-c-est-la-traduction_4445045_3232.html

Le blog Mosaïk pour plaire à l’Homo numericus !

 

Mosaïque de fleurs et de papillons

Il fallait s’y attendre… Un bulletin en version papier et publié en ligne ne plaît plus à l’Homo numericus. En effet, il ne se contente plus d’écrire dans l’espoir d’être lu mais il recherche aussi à sonder l’opinion des lecteurs. Quant au lecteur qui appartient à cette nouvelle race de notre ère numérique, il n’est plus un simple consommateur ; il veut aussi avoir son mot à dire sans restriction d’accès. De plus, il n’aime plus lire une publication d’un seul coup mais il préfère lire quotidiennement un billet court, percutant, et distrayant. Enfin, il aime errer à son propre rythme, d’une page à une autre, d’un blog à un autre grâce aux hyperliens, rétroliens, etc.

Voici la recette qu’il a fallu suivre pour créer ce blog. Dans le grand plat du blog Mosaïk, il a fallu verser une tonne de motivation, de l’effort et de l’enthousiasme à ras bord, les mélanger avec un concentré de créativité et une bonne dose de compétences linguistiques et techniques. Le tout a été nappé d’une généreuse couche de bonne volonté pimentée de quelques graines d’esprit critique. Pour que ce plat puisse être dégusté le plus longtemps possible, il devra être servi avec de la détermination, de la persévérance et un sens aigu de l’engagement.

Si ce blog vient répondre au souhait émis par la promotion 2013 des Traductrices-Rédactrices de l’ETIB, il augmentera aussi, à sa façon, leur visibilité et celle de l’ETIB. Si Mosaïk, lors de sa conception, avait un objectif modeste, celui de s’adresser aux Étibiens et Étibiennes, il aura désormais affaire aussi à des lecteurs anonymes qui l’enrichiront de leurs commentaires. Si Mosaïk survit, quatre ans après sa création, c’est qu’il a une mission à accomplir : celle de servir de plateforme de traduction humaine au moment où la traduction machine gagne de plus en plus de terrain.

Lina SADER FEGHALI

N.B. Sans le soutien inconditionnel du « chef », M. Stéphane BAZAN, directeur de l’Unité des nouvelles technologies éducatives (UNTE), pour diriger l’opération de mise au point technique, le blog Mosaïk n’aurait pas vu le jour en l’espace d’un mois.