Jeune diplômée

Au nom des jeunes diplômés !

Tout étudiant, bientôt diplômé, se met à la recherche d’un emploi qui répond à ses ambitions. Bien que les offres soient nombreuses, elles exigent souvent beaucoup d’années d’expérience mettant ainsi à l’écart les jeunes diplômés.

Cher potentiel employeur,

Je vous ai envoyé mon CV et ma lettre de motivation en réponse à votre offre d’emploi. Les avez-vous reçus ? J’ai lu attentivement les qualifications demandées dans la description du poste que vous proposez et je suis sans aucun doute la traductrice qu’il vous faut.

Je ne peux pas prétendre avoir le nombre d’années d’expérience que vous exigez. Cependant, j’ai à mon actif plusieurs stages et projets de traduction dans une multitude de domaines. Notons aussi l’importance de la formation académique que j’ai reçue pendant les cinq années passées à l’ETIB. Cette formation m’a appris à m’adapter facilement aux exigences du marché et à mettre en œuvre mes compétences afin de développer davantage mon parcours professionnel.

Je suis consciente du fait que mon statut de débutante vous effraye comme la plupart des employeurs qui craignent d’entacher l’image de leur entreprise en engageant de jeunes diplômés. Mais voici ce que j’aimerais vous dire :

Si personne n’accepte de prendre sous son aile un jeune diplômé en quête d’expérience, comment espérez-vous voir ce jeune, qui a durement travaillé pour obtenir son diplôme, sortir de ce cercle vicieux et s’épanouir au sein du métier qu’il a choisi ?

Si les recruteurs n’accordent pas la moindre chance aux jeunes de faire leurs preuves, comment voulez-vous qu’ils arrivent à décrocher leur premier emploi ?

N’oubliez surtout pas que les jeunes diplômés sont avides de connaissances et jouissent d’une capacité d’adaptation et d’une facilité à apprendre de leurs propres expériences, ce qui est certes un atout pour toute entreprise. 

Tout en espérant que cet appel sera entendu, je vous prie d’agréer, cher potentiel employeur, l’expression de mes sentiments dépités.

Une diplômée qui ne veut pas devenir une chômeuse

A blank WhatsApp screen and what it means

Is there anything more dreaded than opening a frequently used app – yes, a virtual application – only to find it wiped clean, a white screen? Why are we so attached to things that have no real effect or concrete presence in our daily lives? Why is their disappearance so upsetting, its effect so real?

 

White. Blank. Nothingness. While this might sound too dramatic, it barely scratches the surface in describing the intensity of what I felt when I opened my WhatsApp one fine April morning to find all my chats gone – all the memories I had amassed over a long period of time, a matter of years, gone, just like that.

The knot in my stomach wouldn’t go away. The more I thought about what I had lost, the more my mood dampened. Feeling ridiculous, I sought solace in my friends, telling them what had just happened in hopes of being understood. And to my utter surprise, one of their responses put in very concrete terms the very abstract feelings that were bothering me: you didn’t lose your chats, you lost your memories. And it hit me just how much our generation relies on keeping records of every step taken, every meal eaten, every country visited. Be it in photos or extensive chats, most communication (and in that sense, memory-keeping!) nowadays occurs online, and losing the trace of those “concrete” memories leaves a gaping hole that can no longer be filled: those days are gone, and with them now the proof that they ever occurred. They can no longer be revisited in full; they are confined to the treacherous workings of human memory that too often can color past occurrences in very subjective ways.

This incident got me thinking: how attached are we, this technological, hyper-connected generation, to the virtual world? How much of our lives actually occurs online? How much of our memories are stored online? How does that affect us, be it in a positive or negative manner, in our daily lives?

Even after contemplation and soul-searching, the answer escapes me. I do not know whether or not such record keeping is good for us, keeping us rooted to the reality of things, or whether the reality of things lies in the real moment in which they happened. And were it not for the virtual world, I would not even be able to share these ideas with you as I am right now – food for thought.

That’s it for now – but what about you, what’s your two cents? Who knows, maybe if we all pool our ideas, we’ll come to some sort of a conclusion!

La langue ne fait pas le moine…

- En quelle langue pensez-vous, rêvez-vous, réfléchissez-vous ?

- En français.

- Et quand vous êtes énervé, vous jurez en quelle langue ?

- Ah, là, en arabe.

Beaucoup d’arabophones entretiennent avec leur langue un rapport relativement conflictuel. Affirmant avec assurance que leur langue maternelle est le français ou l’anglais, certains préfèreraient presque mourir que d’admettre qu’il leur est plus naturel de parler arabe.

Nous avons aussi la catégorie des individus au bord de l’absence d’identité, à l’instar de Jacques Derrida : arabe imparfait, anglais imparfait, français imparfait.

La ruse des passeports est également fascinante :

- De quelle nationalité êtes-vous ?

- Canado-Allemand.

- Ah oui ? (À ce stade de la conversation, mon interlocuteur me complexe parce que je l’imagine quadrilingue et doté d’un bagage culturel digne d’un ambassadeur à la retraite).

- Oui, mais j’ai grandi dans un petit village près de Jezzine, je ne suis jamais allé en Allemagne et je n’ai aucun souvenir du Canada.

Et dans cet océan de confusion identitaire, il y a moi. D’origine syrienne, née et élevée en France, finissant mes études au Liban, imaginez un peu le désordre.

Mes langues sont comme mes vêtements. Elles me trahissent en une seconde, et permettent de m’étiqueter, en théorie de manière incontestablement pertinente, bien qu’en réalité mes interlocuteurs ne soient presque jamais tombés juste.

Un accent très parisien en français me vaut d’être considérée avec respect : après tout, j’arrive tout droit du pays mandataire.

En entendant mon fort accent syrien en arabe, en revanche, les Libanais me toisent de haut.

Le plus perturbant pour eux reste lorsque je passe d’une langue à l’autre : s’exprimer en l’espace de quelques minutes en français parisien puis en arabe syrien, c’est comme passer du statut de crème de la crème à celui de lie de la société.

De mon côté, je m’y retrouve plutôt bien. Je vis ma double nationalité comme une richesse, et vous aurez beau me prendre de haut, je resterai fière d’être Syrienne, autant que Française.

 

 

Grey

Traduction marathon : 576 pages en 7 jours !

C’est le record enregistré par trois traductrices qui ont réussi à adapter un roman de 576 pages en 7 jours seulement. Et pour cause : l’éditeur Lattès a décidé d’avancer la sortie française du quatrième tome de la saga romantique sadomasochiste, Grey, cinquante nuances de Grey par Christian, au 28 juillet.

Qualifiée d’exploit logistique, par le directeur commercial des éditions JC Lattès qui a réussi à mobiliser trois traductrices au lieu d’une habituellement, cette traduction marathon ne peut laisser les traducteurs indifférents.

Est-ce que la relation sado-masochiste entre les deux protagonistes de cette saga s’est transposée à l’éditeur et ses traductrices ? L’éditeur aux tendances sadiques n’a pas hésité un seul moment à imposer à ses traductrices un timing serré sous prétexte de « ne pas priver les lecteurs d’un livre d’été ». Quant aux trois traductrices, la québécoise Denyse Beaulieu, ainsi que Dominique Defert et Carole Delporte, elles ont vraisemblablement accepté les conditions contraignantes qui leur ont été imposées. Denyse Beaulieu, la traductrice qui a aussi supervisé cette adaptation marathon, semble d’ailleurs ne pas se plaindre voire s’y plaire. Pour elle, il a suffi de fixer rapidement certaines conventions pour l’adaptation de certains mots, notamment les termes sexuels. Avec, en outre, une exigence française à laquelle il fallait répondre ; «les habitudes littéraires françaises tolèrent beaucoup moins la répétition du même mot à deux lignes près», a-t-elle précisé dans une entrevue avec Le Parisien (à lire).

«Chacun s’est mis à sa partie, au rythme de douze heures par jour », raconte-t-elle. Donc, environ 27 pages ont été effectivement traduites par jour par traducteur soit plus de 2 pages par heure. Un vrai record qui dépasse de loin les capacités du traducteur humain !

Peut-on dire aller jusqu’à dire que ce record a pu être battu car ce quatrième tome a été qualifié par les lecteurs de « paresseux »?  Ils semblent que plusieurs scènes sont de véritables copier-coller de scènes du premier livre. Preuve à l’appui, des passages du livre de 2012 et celui de 2015 ont été mis côte-à-côte pour comparer. Ce quatrième livre raconte en effet l’histoire du premier roman, mais du point de vue de Christian Grey ! Et dans ce cas, l’on se demande si les traducteurs ont eu recours à une mémoire de traduction pour aller plus vite. Ce serait une première dans le domaine de la traduction littéraire !

Ce qui est certain c’est que ce « roman de plage » a rapporté aux traductrices des droits d’auteurs non négligeables qui ne sont évidemment pas équivalents à ceux de l’auteur. Est-ce une raison suffisante pour accepter de telles conditions de travail ?

…سأعود

يوم اقترب الإرهاب من حدود وطني، وشعرت بأن قصة لبنان الجميل والقوي شارفت على نهايتها، خفتُ وقررت الهروب والبحث عن وطنٍ جديدٍ لي … فهل وجدته؟

قُتلتُ على يد إيماني يوم شعر بأننا نفترق، لحظة خسرته وابتعدت عنه هرباً من الموت ومن سبب الموت… والسبب ما كان إلا هو: إيماني.

خسرته يوم شعرت بالموت وخطره يقتربان فجأةً من حدود بلادي وأطرافه، وبدأت أفتش عن وطنٍ آخر يحميني من « دواعش » ويغمرني بحبه ودفئه، فلم أجده.

 كيف لي أن أموت هنا وما زلت شابةً، أطمح وأحلم وأرفع في خيالي صوراً جديدةً لوطني؟ كيف يأتي فجأةً من يهدد أحلامي ويقطع رؤوس…. جبالٍ لم تحن ركبها إلا لربٍ رسمها ؟

 

.مهما يتجرح بلدنا منلمو ولو كنا قلال

 وبجبن هربت من هذه الدنيا لأحتمي بأخرى… لم أجدها قط. لكن إيماني لم يستسلم لمخاوفي

 بل عاد إليّ عنيداً، كجيش بلادي، مكافحاً ضعفي وجهلي لاستعادتي وإقامتي من موت نفسي وعقلي. فلا أموت إلا من  أجله وبه ومعه لأنه خلاصي ومخلِّصي. لأنه إنجيلي وقرآني. لأنه مزموري ووصيتي وشهادتي. لأنه الأخوة والتعايش والوحدة… لأنه لبناني الذي خسرته يوم سقطت أول قطرة دماءٍ على أرضه بفعل سيف السقطة والجهلة، يوم شعرت بجبني وخوفي وأدرت له ظهري.

لكنني ما زلت هنا… فدم قلبي يضخ من جذور أرضه المليئة بالشجاعة والأمل… أعذرني!

أقسم بأنني لو ابتعدت عنك يوماً، سأعود… وبأنني لو فارقتك لحظةً، سأعود… وبأنني يوم عودتي إليك سأفتديك كما افتديتني وأعيد بدمك إيماني. 

وألقاك…ألقاك يا لبناني مقطوعة, لا بل مرفوعة الرأس!