L’arabe en Arabie Saoudite : Si la Suède m’était contée

L’emprise de la langue anglaise sur la langue arabe est aussi présente en Arabie Saoudite, le pays de l’Islam et du Coran. D’aucuns croient que les jeunes sont la cause de la vague dévastatrice qui envahit leur langue quand d’autres voient en eux la solution.

Quelle ne fut grande la surprise de Mona Hening, une Suédoise d’origine jordanienne, quand elle s’est rendue compte, lors d’une visite dans son pays d’origine, de l’importance accordée à l’apprentissage de l’anglais aux dépens de la langue arabe. Et pour cause… Quoiqu’elle fasse partie de la troisième génération d’immigrants en Suède, elle maîtrise parfaitement la langue arabe et dans son pays d’adoption, qui compte 9 millions d’habitants, « la langue suédoise est couramment parlée par les grands et les petits sans interférence d’une autre langue».  De plus, l’enseignement universitaire s’y fait en suédois dans toutes les disciplines sans exception. Pour elle, le recours à la langue anglaise dans les universités arabes favorise «l’occidentalisation de l’esprit arabe et, à ce train-là, il n’y aura plus de recherche scientifique en arabe», a-t-elle estimé. Consciente du fait que «toute nation perd son identité quand sa langue faiblit», elle décide de fonder une maison d’édition qui a pour mission de traduire en arabe la littérature étrangère.

Le modèle suédois n’est pas malheureusement reproduit en Arabie Saoudite où l’arabe est la langue officielle et l’enseignement des sciences se fait en langues étrangères. Dr. Abdallah Al-Wachmi, enseignant à la Faculté de la langue arabe à l’Université Al-Imam justifie le recours à ces langues dans quelques spécialités pour des «raisons techniques» mais déplore que l’on considère l’enseignement en langues étrangères comme une «marque de modernité et de distinction» au moment où l’enseignement en langue arabe est qualifié de «traditionnel» voire de «réactionnaire».

Face à l’invasion de la langue anglaise, il faut, d’après Dr. Wachmi, «renforcer la langue arabe dans tous les domaines car l’importance d’une langue réside dans son accessibilité à tous et la langue arabe fait partie de notre identité et n’est pas uniquement un moyen de communication, c’est une langue, une culture et une civilisation». D’après lui, toute la société est responsable de la sauvegarde de la langue arabe et non pas les linguistes seulement.

« La langue arabe a pu assimiler les nouveautés au cours des dernières décennies car elle est restée en contact avec la réalité sur le terrain. Donc, je considère qu’un jeune qui arabise un logiciel rend service à la langue arabe beaucoup plus que des chercheurs qui se spécialisent dans des domaines qui ne répondent pas aux besoins de la société », a-t-il estimé.

Les innovations technologiques auxquels fait face la langue arabe ont été qualifiées par Dr. Wachmi de «choc» voire de «dialogue» entre l’«identité linguistique» et les «nouveautés technologiques» et la langue est un «océan capable d’assimiler ce courant dévastateur». Cependant, qu’une langue comme l’arabizi viennent saper les fondements de l’arabe, c’est là où réside le danger.

« Les jeunes ne sont pas responsables des problèmes actuels de la langue arabe.  Les néologismes d’aujourd’hui ont été créés par eux d’où la nécessité de les considérer comme les principaux acteurs qui prennent une part active à la résolution de ces problèmes», a-t-il conclu.

خديجة المزروعي. « المدّ التقني يحوّر اللغات و العربية ترفض أن تُكسَر في السعودية »، في جريدة الحياة، فبراير/شباط 2014

http://alhayat.com/Articles/688324/

 

 

Arabie Saoudite : Une double personnalité pour fuir la réalité

Des pseudonymes, des masques, des identités fictives. Tels sont les paravents derrière lesquels se cachent les Saoudiens. Dans une société conservatrice, attachée aux traditions et coutumes, les jeunes trouvent un moyen pour exister, pour s’identifier et pour se révolter.

Dans un quartier populaire, une petite chambre sert de refuge au jeune Abdallah Al-Ali. Dans cet espace étroit s’est lancé « le révolté  contre l’enfer », c’est ainsi qu’il se nomme. À travers l’espace numérique et par l’intermédiaire de son identité virtuelle, ce révolté s’est dressé contre les traditions qui rongent la société saoudienne. De son cocon, ce jeune a eu la chance de s’exprimer en public et même de penser d’une manière non-conventionnelle.

« Ce que Platon n’a pas plus réalisé dans sa cité idéale, je l’ai réalisé grâce à cette identité virtuelle », pétend Abdallah. Cette identité virtuelle qui, à raison de l’isolation volontaire, a engendré un Abdallah différent qu’il préfère à sa vraie personnalité car cette identité numérique lui a servi de clé  pour ouvrir des portes que son identité réelle n’osait point frapper.

L’expérience d’Abdallah Al-Ali ressemble à celle de plusieurs jeunes Saoudiens. Toutefois, contrairement à Abdallah qui était fier de sa personnalité imaginaire, Sultan Al-Atibi a décidé de se détacher de ce monde fictif dans lequel il porte le nom du poète « Nemer Ben Adwan ». Son identité fictive l’ayant souvent mis dans l’embarras, il a coupé les ponts avec « ses amis de la toile », a laissé tomber son masque et a abandonné sa vie virtuelle pour enfin reprendre son cours de vie normal.

Comme le révolté et le poète, un grand nombre de jeunes ont recours à la toile numérique qui leur sert de cocon pour échapper à la réalité de la vie, changer les coutumes et évoluer. Ces jeunes aux masques imaginaires se cachent derrière des noms, des identités et des personnalités fictives. Ils se lancent dans un espace où ils peuvent s’exprimer en toute liberté. C’est ainsi que l’identité des Saoudiens égarés est menacée de schizophrénie.

سلطان بن بندر. « يستعيضون عن أسمائهم بـ »هويات الكترونية » … سعوديون يعيشون ازدواجية الخيال والواقع »، في جريدة الحياة، 5 كانون الثاني

http://www.alhayat.com/OpinionsDetails/589643

Trop beaux pour l’Arabie Saoudite !

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Omar Borkan Al Gala, photographe, poète et acteur, serait l’un des trois hommes expulsés d’Arabie Saoudite.

Expulsés d’Arabie Saoudite parce que trop beaux ! Tel est le cas de trois Émiratis venus assister au festival d’Al-Jenadrivah en tant que « représentants de leur pays » selon The Telegraph. La police religieuse, les jugeant trop irrésistibles pour les femmes, a tôt fait de les évincer de la fête et de les renvoyer dans leur pays. Mesure due à l’état d’alerte déclenché ce soir-là par la présence inattendue d’une certaine artiste dans le pavillon des EAU ? On aura tout vu…

 Joséphine CANAAN

 

 

 
 
 
 
Melissa Locker.  « Saudi Arabia Reportedly Deports Men for Being ‘Too Handsome’», in Timehttp://newsfeed.time.com/2013/04/17/saudi-arabia-deported-men-for-being-too-handsome/, April 17, 2013.
Romil Patel, «Saudi Arabia Deports « Irresistible » Men Deemed too Handsome to Women», in The Telegraphhttp://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/middleeast/saudiarabia/10000341/Saudi-Arabia-deports-irresistible-men-deemed-too-handsome-to-women.html, April 17, 2013