L’arabe en Jordanie : Une honte, voire une disgrâce !

À Amman-Ouest, les scolarités des écoles internationales atteignent les 40 000$ par an pour perfectionner l’anglais aux dépens de la langue arabe.

 Les écoliers d’Amman n’ont aucun lien avec leur pays. Et puisque la culture suit la langue,  la tenue et la coiffure sont devenues largement importées de l’étranger. Quant à l’arabe, il prend le devant dans les écoles publiques où l’anglais est à peine enseigné par des profs incompétents.

Si vous vous demandez comment les jeunes communiquent, vous n’allez pas êtres trop choqués : comme au Liban, les jeunes Jordaniens ont un bagage lexical pauvre en arabe. Ils utilisent donc l’arabizi, un argot hybride qui mêle un dialecte arabe à l’anglais tout en utilisant les lettres latines et en ayant recours aux chiffres pour remplacer des phonèmes qui n’existent pas en anglais.

Les multiples façons de dire "Je ne veux pas" en arabe !

Les multiples façons de dire « Je ne veux pas » en arabe !

Le certificat de fin d’études secondaires générales qui est l’équivalent du baccalauréat au Liban n’intéresse pas les jeunes qui sont trop occupés à préparer et à réussir les épreuves du SAT américain et du IGSCE anglais. Quant aux universités du pays, elles ne font pas partie de leur futur planning qui comportera sûrement des projets d’études à l’étranger.

Ayant vécu la disgrâce de la langue arabe, la mère d’un étudiant raconte avoir choisi de telles écoles internationales pour ses enfants car elle a vécu l’inverse. Elle  parle très bien l’arabe et voilà son malheur : elle a un faible niveau en anglais et lorsqu’elle a postulé à un emploi, les entreprises était déçues par sa faiblesse linguistique en anglais. Résultat : elle n’est pas embauchée. Elle a accepté alors un travail dont le salaire couvrait à peine les frais du transport et des pauses-café. Enfin, cette mère a pu sortir de sa misère par un coup de chance en se mariant à un riche médecin. « Je ne veux pas que mes enfants affrontent le chômage ou la misère à cause d’une langue » dit-elle.

Par ailleurs, une autre mère considère l’anglais comme la langue du siècle. Il s’agit d’une langue qui reflète le luxe et le raffinement : « Pourquoi se casser la tête pour apprendre l’arabe, une langue qui ne servira plus à rien ? ». Mais cette mère n’a pas complètement abandonné la langue arabe qu’elle essaye toujours de transmettre à ses enfants à travers le Coran qui, selon elle, est le meilleur moyen pour apprendre l’arabe et les valeurs morales.

Peu importe si l’on ne parle pas l’arabe, l’important c’est de parler l’anglais car cette langue reflète le luxe, la richesse et la sophistication des gens ! Pourquoi se plaindre alors que les parents qui paient cher les scolarités de leurs enfants, sont satisfaits et contents, voire fiers.

En Jordanie, les parents donnent le feu vert aux jeunes pour abandonner l’arabe, une langue qui cède la place de plus en plus à l’anglais. En payant des frais très chers, viendra le jour où il serait possible de payer les pots cassés !

 

   الشوابكة ماهر، « طلاب في عمّان الغربية لا يجيدون الحديث بالعربية »، الأربعاء 19 فبراير/شباط 2014

http://alhayat.com/Articles/688465/طالب-في-عّمان-الغربية-ال-يجيدون-الحديث-بالعربية

 

 

L’arabe en Arabie Saoudite : Si la Suède m’était contée

L’emprise de la langue anglaise sur la langue arabe est aussi présente en Arabie Saoudite, le pays de l’Islam et du Coran. D’aucuns croient que les jeunes sont la cause de la vague dévastatrice qui envahit leur langue quand d’autres voient en eux la solution.

Quelle ne fut grande la surprise de Mona Hening, une Suédoise d’origine jordanienne, quand elle s’est rendue compte, lors d’une visite dans son pays d’origine, de l’importance accordée à l’apprentissage de l’anglais aux dépens de la langue arabe. Et pour cause… Quoiqu’elle fasse partie de la troisième génération d’immigrants en Suède, elle maîtrise parfaitement la langue arabe et dans son pays d’adoption, qui compte 9 millions d’habitants, « la langue suédoise est couramment parlée par les grands et les petits sans interférence d’une autre langue».  De plus, l’enseignement universitaire s’y fait en suédois dans toutes les disciplines sans exception. Pour elle, le recours à la langue anglaise dans les universités arabes favorise «l’occidentalisation de l’esprit arabe et, à ce train-là, il n’y aura plus de recherche scientifique en arabe», a-t-elle estimé. Consciente du fait que «toute nation perd son identité quand sa langue faiblit», elle décide de fonder une maison d’édition qui a pour mission de traduire en arabe la littérature étrangère.

Le modèle suédois n’est pas malheureusement reproduit en Arabie Saoudite où l’arabe est la langue officielle et l’enseignement des sciences se fait en langues étrangères. Dr. Abdallah Al-Wachmi, enseignant à la Faculté de la langue arabe à l’Université Al-Imam justifie le recours à ces langues dans quelques spécialités pour des «raisons techniques» mais déplore que l’on considère l’enseignement en langues étrangères comme une «marque de modernité et de distinction» au moment où l’enseignement en langue arabe est qualifié de «traditionnel» voire de «réactionnaire».

Face à l’invasion de la langue anglaise, il faut, d’après Dr. Wachmi, «renforcer la langue arabe dans tous les domaines car l’importance d’une langue réside dans son accessibilité à tous et la langue arabe fait partie de notre identité et n’est pas uniquement un moyen de communication, c’est une langue, une culture et une civilisation». D’après lui, toute la société est responsable de la sauvegarde de la langue arabe et non pas les linguistes seulement.

« La langue arabe a pu assimiler les nouveautés au cours des dernières décennies car elle est restée en contact avec la réalité sur le terrain. Donc, je considère qu’un jeune qui arabise un logiciel rend service à la langue arabe beaucoup plus que des chercheurs qui se spécialisent dans des domaines qui ne répondent pas aux besoins de la société », a-t-il estimé.

Les innovations technologiques auxquels fait face la langue arabe ont été qualifiées par Dr. Wachmi de «choc» voire de «dialogue» entre l’«identité linguistique» et les «nouveautés technologiques» et la langue est un «océan capable d’assimiler ce courant dévastateur». Cependant, qu’une langue comme l’arabizi viennent saper les fondements de l’arabe, c’est là où réside le danger.

« Les jeunes ne sont pas responsables des problèmes actuels de la langue arabe.  Les néologismes d’aujourd’hui ont été créés par eux d’où la nécessité de les considérer comme les principaux acteurs qui prennent une part active à la résolution de ces problèmes», a-t-il conclu.

خديجة المزروعي. « المدّ التقني يحوّر اللغات و العربية ترفض أن تُكسَر في السعودية »، في جريدة الحياة، فبراير/شباط 2014

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