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ALES au pays des merveilles

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Une partie de l’équipe de l’ALES à l’entrée de la grotte de Kanaan

 

Qui aurait pu deviner qu’une maison des plus ordinaires à Jdeidet El Metn serait en fait le local de l’Association Libanaise d’Études Spéléologiques (ALES) ? Quitter ce local pour suivre l’équipe dans l’une de ses expéditions signifie perdre de plus en plus ses repères pour s’accrocher à d’autres, tout à fait nouveaux et différents, au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans un autre monde, un monde pourtant menacé de mille dangers…

Dans le local, photos au cœur de l’action, manuels de conseils techniques, matériel étrange et souvenirs d’expéditions donnent à tout non-initié un avant-goût d’un monde riche en surprises et en nouveautés. Après avoir rempli ses sacs du nécessaire, l’équipe ne tarde pas à former un convoi. Destination : la grotte de Kanaan à Antélias.

Suite à une escalade d’une dizaine de mètres à l’aide d’une corde, le groupe parvient à la hauteur de la grotte. Les cris des chauves-souris apeurent une novice que le membre actif Rayan Zgheib, un mi-sourire aux lèvres, s’empresse de rassurer : « Les chauves-souris ne s’accrochent pas aux cheveux des filles. Ce n’est qu’un mythe. »

 « C’est un autre monde »,  a constaté l’une des nouvelles initiées, impressionnée…

Première observation : la grotte de Kanaan est bien petite. « Mieux vaut ne pas se fier aux apparences », lance, en connaissance de cause, le membre stagiaire Joseph Chakhtoura. Car après avoir rampé pendant cinq bonnes minutes dans un mince espace vide horizontal entre deux strates, l’équipe aboutit à une seconde chambre de la grotte qui s’avère beaucoup plus spacieuse que la première. Idem pour un second joint de stratification.

 Et pourtant, la grotte de Kanaan est « une grotte pour débutants », selon les dires de Joseph Tabet, président du comité administratif de l’ALES. « Son sol est soit horizontal, soit oblique, explique-t-il. D’autres grottes ont de longs passages verticaux qui requièrent escalade et rappel. Et ne parlons pas des siphons ! »

 Paresseux donc s’abstenir car qui dit ALES dit, entre autres, escalade, rappel, plongée, sessions de secourisme, mais aussi étude scientifique poussée du terrain.

 « C’est un autre monde », constate l’une des nouvelles initiées, impressionnée. « Un autre monde, tu l’as dit ! Mais tu n’as encore rien vu…», répond Badr Jabbour-Gédéon, l’une des fondatrices de l’ALES, avant que le « un autre monde…», rêveur, de Joseph Chakhtoura ne clôture ces propos.

 Et si ALES devait soudain se réveiller ?

 Oui, il existe bien un autre Liban… un Liban que les conflits religieux et politiques quotidiens n’atteignent pas. Il est disséminé un peu partout, dans plusieurs régions, sous forme de grottes, sortes de havres de paix protégés. Ou le sont-ils vraiment ?

 « Nooon ! » rugit de sa voix caverneuse Badr Jabbour-Gédéon, avant de s’empresser de féliciter l’un des novices pour avoir évité de justesse d’écraser une pauvre stalagmite. Et d’expliquer que le fil blanc et rouge délimite une zone sensible qu’il ne faudrait en aucun cas franchir de peur de l’abîmer.

 « Lorsque vous rentrez dans une grotte, ajoute-t-elle, vous y introduisez des bactéries qui ne devraient pas y être. Vous lui faites du mal, que vous le vouliez ou non. Ne causez donc pas encore plus de dégâts inutiles ».

 En l’absence de réglementations gouvernementales, toute personne peut accéder aux grottes. Le fil blanc et rouge de l’ALES est donc la seule mesure de protection que cette Association a pu mettre en place jusque-là afin de pousser tout aventurier à penser avant de piétiner les stalactites et stalagmites inconsciemment ou de les casser sciemment.

 « En tout cas, explique le membre actif Samer Amhaz, l’ALES n’était jusque-là pas très ouverte au public de peur que les grottes ne soient vandalisées une fois leur emplacement découvert par certains novices. Aujourd’hui, par contre, l’Association est plus ouverte aux nouveaux membres par souci de continuité. »

 « Vous êtes la nouvelle génération de l’ALES, dit Badr Jabbour-Gédéon avec fierté à la jeune équipe qui l’entoure. Ce sera à vous de protéger le patrimoine sous-terrain. L’avenir de la spéléologie au Liban est entre vos mains. » Les apprentis spéléologues, assoiffés d’aventures dans ce pays des merveilles, ne se font d’ailleurs pas prier…

Joséphine Canaan

N.B. Ce reportage a été préparé dans le cadre du cours Reportage dispensé par Mme Elsa YAZBEK CHARABATI. La collaboration entre le cours de Traduction médiatique et le cours Reportage a été lancée durant l’année universitaire 2009-2010.