Une Libanaise à Shenyang

Oubliez toutes les idées reçues et tous les stéréotypes que vous avez sur la Chine. Il est temps de vous lancer dans une aventure pas comme les autres, choquante mais gratifiante. 

Vous vous faites bousculer par 8 millions d’habitants qui veulent à tout prix passer avant vous, crachent par terre, hurlent, klaxonnent, et risquent de vous écraser lorsque vous traversez la rue. Telle est l’une des facettes de la vie à Shenyang, une ville située au nord-est de la Chine où vous êtes accueillis par un vent glacial transperçant la brume densément polluée.

Les Chinois sont très curieux et enthousiastes à l’idée de rencontrer des étrangers. Cet enthousiasme cède parfois la place à la fascination. Vous êtes suivis, pointés du doigt, observés. Vous avez même l’impression d’être une Star lorsqu’ils vous poursuivent pour prendre une photo avec vous. Plus surprenant, les sites touristiques, fidèle reflet de la civilisation chinoise, servent de lieux de sieste.

 

Comme dans une boîte de sardines!

Comme dans une boîte de sardines !

Peu de Chinois parlent l’anglais : 10% selon The Economist. Mais, cela ne les empêche pas d’engager une conversation avec les étrangers voire de leur venir en aide lorsqu’ils en ont besoin.

Tout cela a de quoi choquer une étudiante comme moi, ayant étudié le chinois pendant trois ans et ayant décidé d’expérimenter une immersion totale dans la culture chinoise grâce à une bourse de six mois obtenue de l’Institut Confucius de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth.

J’avais cru que je n’allais pas être aussi dépaysée sachant que j’avais déjà connu un premier choc dans ma vie. Née et élevée aux Emirats Arabes Unis, j’avais déjà vécu l’expérience de quitter un pays pour un autre, de quitter Abou Dhabi pour entamer mes études universitaires à Beyrouth. Ma nouvelle vie à Beyrouth était difficile au départ puisque je venais d’un environnement cosmopolite où les gens sont disciplinés, les rues sont bien entretenues et tout est bien « organisé ».

Un deuxième choc m’attendait bel et bien à Shenyang même si j’étais mentalement prête à tout.  Cependant, je me suis rapidement adaptée à la culture chinoise, au chaos, à la nourriture, etc.. Comment ? Vous le saurez dans mon prochain billet. D’ici-là, n’hésitez pas à partager avec moi toute expérience similaire.

Gemmayzé, une histoire d’espoir

Meurtri et démoli ensuite apaisé puis réconcilié, le quartier Gemmayzé est désormais la destination phare de Beyrouth. Situé en plein cœur de la ville, le quartier a réussi à se forger une réputation de fête et de joie. Voici l’itinéraire d’une rue qui a su panser les plaies d’une guerre qui aurait pu l’étouffer.

« Gemmayzé c’était l’enfer. Traverser le quartier ou même passer près de la région était une mission suicide. Il fallait être fou pour s’y aventurer», affirme Samia 70 ans, ancienne habitante du quartier.
Pourtant  avant 1975, c’était un quartier paisible et calme où il faisait bon vivre. Et puis un jour tout a changé. « Au début de la guerre nous avons fui. Au retour, c’était le choc. Tous nos repères avaient disparu. On ne reconnaissait plus les lieux, il régnait une sorte d’atmosphère lugubre qui rappelait la mort», déclare-t-elle. Au début des affrontements de 1975, et à cause de son emplacement, le quartier subira les attaques des deux clans opposés. Pendant plus de quinze ans, il sera  témoin des pires atrocités de la guerre ; francs tireurs, miliciens et guerriers se partageront ce fief qui deviendra rapidement synonyme de mort.

 

« Gemmayzé c’était l’enfer. Il fallait être fou pour s’y aventurer.»

 

Photo très rare de la rue Gemmayze, alias Rue Gouraud, datant de 1925. Crédit image : http://oldbeirut.com/post/29035259580/gemmayzeh-1925

Photo très rare de la rue Gemmayzé, alias Rue Gouraud, datant de 1925.
Crédit image : http://oldbeirut.com/post/29035259580/gemmayzeh-1925

« Même avec la fin du combat et au début des années 1990, il nous était très difficile de nous réconcilier avec cette rue. On était méfiant lorsqu’on y passait, il y avait beaucoup de souvenirs, la blessure était toujours vive», raconte Antoine, habitant de la région. Les canons se vident et se taisent, mais la mémoire est toujours vivante. Il faut du temps pour oublier ; ces souvenirs coûtent au quartier des années de délaissement. On ressent la rupture : la rue est sombre et presque déserte.  Pendant près de 10 ans, Gemmayzé conservera les séquelles du combat.

 

La renaissance, un pari risqué     

Ce n’est qu’au début des années 2000 que le quartier commence à renaître de ses cendres. De nouveaux commerces viennent s’installer progressivement ; ils feront oublier au quartier et aux Libanais les traumatismes de la guerre.
« Lorsque j’ai proposé le projet de restaurant/pub à mon entourage on  m’a pris pour un fou. Le centre ville était en pleine reconstruction mais le quartier était toujours aux oubliettes.
A part quelques habitants qui ont eu le courage de revenir, il n’y avait pas grand-chose. Le quartier était chargé d’une histoire que les Libanais voulaient oublier», explique le propriétaire d’un des pubs qui font la réputation du quartier. Il était l’un des premiers à croire à une renaissance et à s’y installer. C’était un pari risqué, mais les Libanais ont été au rendez-vous.

 

Les chantiers florissaient après les quelques débuts timides crédit image : http://ifpo.hypotheses.org/2983

Les chantiers florissaient après les quelques débuts timides
crédit image : http://ifpo.hypotheses.org/2983

Gemmayzé aujourd’hui : Une destination huppée et branchée
« On y va souvent, c’est l’une des meilleures adresses de la ville. On s’amuse, on prend un verre, on dîne et on danse jusqu’à l’aube. Bref à Gemmayzé on s’éclate», affirme Clara 32 ans, fervente adepte du nouveau Gemmayzé.

Les nouvelles enseignes chics .... Credit image : http://blogbaladi.com/fauchon-paris-opening-in-beirut/

Les nouvelles enseignes chics ….
Credit image : http://blogbaladi.com/fauchon-paris-opening-in-beirut/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aujourd’hui plus aucune trace de guerre, de chars, ou de franc-tireur bien au contraire, la rue est sillonnée de restaurants de  cafés, de magasins et même de galeries d’art. Les premiers à investir dans le quartier ont réussi leur pari. C’est aujourd’hui une destination très prisée, qui a donné sa réputation à la mythique night life de Beyrouth. L’escalier Saint Nicolas, qui se situe au cœur du quartier, se décore souvent de toiles et de dessins, et les grandes enseignes françaises (le salon de thé Paul et le pâtissier Fauchon) ainsi que les petits commerces locaux se côtoient. Une renaissance plus que réussie pour la ville, le quartier mais surtout pour les Libanais qui ont réussi à exorciser les démons de la guerre. Désormais, à Gemmayzé on ne meurt plus, sauf d’envie, l’envie de faire la fête et de célébrer la vie.

Le Chef, restaurant libanais
Crédit image : http://www.nogarlicnoonions.com/lebanons-restaurants-hubs-103-gemmayze/

Le Chef … de la paix

« Pendant la guerre, je travaillais au Liban. « Le Chef » était tout simplement le meilleur restaurant de la ville. On y venait quasiment tous les jours pour déjeuner, la cuisine était excellente, l’accueil parfait et on y buvait le meilleur arak de la ville. Que demander de mieux ? », affirme un client français fidèle au restaurant depuis plus de trente ans.
Tout le monde le connaît. « Le Chef » est un des restaurants les plus anciens du quartier, si ce n’est de la ville. Le restaurant offre des plats typiquement libanais, préparés comme à la maison. L’atmosphère est un mélange d’hospitalité libanaise parfaite et de convivialité. On se sent chez des amis. La cuisine y est simple, l’ambiance chaleureuse et accueillante et la clientèle cosmopolite. On y vient pour manger libanais et pour bien manger. Loin d’être intimidé par les adresses branchées et flambant neuves du quartier, le restaurant est toujours populaire et on vient de loin pour goûter à sa cuisine envoûtante. Naturellement, le Chef est et sera toujours aux fourneaux.

 

N.B. Ce reportage a été préparé dans le cadre du cours Reportage dispensé par Mme Elsa YAZBEK CHARABATI. La collaboration entre le cours de Traduction médiatique et le cours Reportage a été lancée durant l’année universitaire 2009-2010.

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… ou le Beyrouth utopique de Tom Fletcher

Les diplomates détestent prédire quoi que ce soit. Churchill a dit un jour qu’on pourrait ignorer une page sur deux des avis émis par le Bureau des Affaires étrangères et du Commonwealth britannique (le Foreign Office) parce qu’ils ont toujours tendance à se présenter sous la forme de «d’une part» et «d’autre part». Les dossiers sont remplis de missives pré-électorales qui jouent la carte de la prudence.

 Et nos raisons sont bien valables. Nous n’aimons pas avoir tort. En effet, plus nous étudions la politique internationale, plus nous réalisons à quel point elle est imprévisible.

 Ce billet est donc loin d’être une boule de cristal. Cependant, au moment où la tendance est au pessimisme qui, je le sens, sera de courte durée, plusieurs personnes sont en train de me parler de l’avenir du Liban. Je me suis donc demandé ce que mon successeur écrirait dans son rapport, après avoir assisté en 2020 aux célébrations du 100ème anniversaire de la création du Grand Liban. Voici l’une des versions possibles.

 «Monsieur le ministre des Affaires étrangères,

 Je vous ai représenté aujourd’hui à la célébration du centenaire à Beyrouth.

 Des dirigeants du monde entier étaient présents. La nouvelle opulence du Liban, provenant de la découverte d’énormes réserves de gaz offshore, suscite beaucoup d’intérêt. Le président de la zone euro m’a dit que le Liban est devenu aujourd’hui le nouveau Singapour avec plus de ski ou le nouveau Qatar avec plus de culture.

 Le moment fort de la célébration a été la participation d’une multitude de talentueux poètes, musiciens et réalisateurs de films. Depuis la fin de l’occupation syrienne, le Liban a ressurgi et a repris sa place d’épicentre de la renaissance culturelle arabe. Vous l’avez sans doute constaté avec le nombre élevé de films et de musique de production libanaise téléchargés au Royaume-Uni.

 Le président syrien, nouvellement élu, était l’invité d’honneur. Le Traité de reconnaissance et de coopération signé entre la Syrie et le Liban en 2014 a établi des relations bilatérales d’égal à égal. Les frontières ont été délimitées et les entreprises libanaises ainsi que les leaders communautaires ont indubitablement joué un rôle crucial dans la reconstruction de la Syrie après la terrible guerre civile qui l’a ravagée de 2011 à 2013.

 J’ai eu des entretiens en aparté avec plusieurs députés. La plupart ont moins de 40 ans et font partie de la génération de l’après-guerre. Plusieurs sont d’anciens expatriés qui ont décidé de rentrer au Liban pour y occuper des postes de responsabilité. Alors que l’on parlait autrefois de fuite des cerveaux, l’on parle aujourd’hui d’afflux des cerveaux. Les nouvelles technologies ont permis à la diaspora libanaise de créer l’un des réseaux de business les plus dynamiques au monde, faisant de Beyrouth la plaque tournante entre l’Europe et l’Asie. Dans son discours, la Présidente de la République (l’une des premières citoyennes à s’être mariée civilement avec un homme d’une autre confession) a affirmé que, puisque le pouvoir mondial se déplace vers le Sud et l’Est, nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère levantine.

 L’Accord de Beyrouth conclu en 2014 semble encore bien fonctionner. Il est évident que le Liban ne serait pas le Liban sans les débats animés sur la représentation politique. Mais la majorité des partis sentent que leurs intérêts sont sauvegardés. Pour ma part, le moment crucial fut de voir les leaders libanais rejeter toute interférence étrangère dans le processus qui visait à «relancer » le règlement des questions constitutionnelles au Liban. En insistant sur la nécessité de permettre aux Libanais de décider pour eux-mêmes, ils ont mis fin au cercle vicieux de l’ingérence et du favoritisme exercés par les pays étrangers. Pour la première fois, le règlement des questions constitutionnelles au Liban est à 100% libanais. 

 Il y a eu peu de débats politiques durant la cérémonie, bien que la vie politique soit aujourd’hui, plus animée que jamais. Le principal point de discorde tourne autour des revenus gaziers. Le parti « Liban Uni » (centre-gauche) veut verser un dividende à chaque citoyen libanais. Le parti « Nation Unie » (centre-droite) veut doter le pays d’un fonds souverain. Je suis tombé sur deux ex-députés, relativement assez avancés en âge, les derniers à encore afficher les étiquettes du 8 et 14 Mars. Le seul parti à avoir conservé une base confessionnelle a perdu son dernier siège aux élections de 2017, quoique le Sénat continue de protéger les intérêts interconfessionnels.

 Étant donné que le protocole suivait l’ordre alphabétique, les ambassadeurs israéliens et iraniens, tous deux engagés dans une conversation animée, devaient s’asseoir près de celui de la Grande Bretagne. L’accord de paix de 2015 entre Israël et le Liban a indéniablement joué un rôle primordial dans le boom gazier de la région. Les frontières ont été délimitées au sud, et les deux parties se sont engagées à mettre fin aux agressions. L’établissement de l’État palestinien, la même année, suite à d’intenses efforts menés par les États-Unis, a entraîné le retour de beaucoup de réfugiés palestiniens à leur terre natale. Les touristes occidentaux visitent désormais Israël, la Palestine, la Syrie et le Liban durant le même voyage, et beaucoup de pèlerins résidant au Liban, tant chrétiens que musulmans, ont visité Jérusalem l’année dernière.

 Toutes les communautés du Liban ont participé en force aux festivités ;  un rappel vivant de la cohabitation des différents groupes qui ont fait de cette terre la leur au fil des siècles. Après avoir payé le prix des divisions confessionnelles dans le passé, le Liban est devenu aujourd’hui le talisman de tout peuple aspirant à la coexistence. Ainsi, des délégations de pays en conflit le visitent régulièrement pour suivre son exemple. Parmi les leaders présents, Sayyed Hassan Nasrallah qui a confirmé que son parti reste vigoureusement engagé dans le processus de réforme et que, conformément à sa charte de 2014, il renonce à toute violence, faisant passer les intérêts du Liban avant ceux de n’importe quel autre pays. Comme en Irlande du Nord, il est remarquable de voir la métamorphose d’anciennes milices qui se sont engagées dans un projet véritablement national. D’ailleurs, cela ne fait que renforcer leur pouvoir politique. La Garde nationale, regroupant, entre autres, un grand nombre d’anciens combattants de la résistance, a défilé fièrement aux côtés du reste de l’armée libanaise dont plusieurs soldats viennent de rentrer de missions de maintien de la paix accomplies dans plusieurs continents.

 Je suis arrivé à la cérémonie à bord du nouveau train de ville, l’un des projets phares du Liban 2020 piloté par le secteur privé afin de moderniser le pays. Beyrouth est aujourd’hui dotée du premier centre-ville piéton au monde et les revenus pétroliers et gaziers ont financé la rénovation du réseau électrique national. Par conséquent, les générateurs ne sont désormais plus qu’un lointain souvenir. Les efforts déployés pour découvrir et restaurer les sites archéologiques sont au cœur du remarquable boom touristique des dernières années. La ville de Beyrouth est aujourd’hui la destination de prédilection des Britanniques pour des séjours de courte durée et un bon nombre de mes compatriotes me rejoindront, j’en suis certain, au Sky Bar, ce soir, pour poursuivre la fête.

Le Liban à 100 ans est extraordinaire, résilient, plein de talents, d’espoir, de diversité, de beauté et de charme. J’attends avec impatience la prochaine visite royale.

 Je vous prie d’agréer, Monsieur le ministre des Affaires étrangères, l’expression de ma très haute considération.

 L’Ambassadeur de Sa Majesté, Beyrouth.

 N.B : Ce fut un plaisir pour moi de voir mon prédécesseur Tom Fletcher gagner le 100 mètres et le 200 mètres aux Jeux olympiques de cette année.

Une fantaisie ? De la pure naïveté ? À vous d’en juger. Dites-nous ce que vous en pensez. #Leb 2020

Traductrices-Rédactrices/Promotion 2013

Tom Fletcher, “Beirutopia”, http://blogs.fco.gov.uk/tomfletcher/2013/02/08/beirutopia/, February 8, 2013.

 Twitter accounts: @UKinlebanon and @HMATomFletcher!