The Twilight in my Beirut

I take the seaside road as often as I can.

There’s something about it at sunset. The way the sea shimmers under the slowly fading sunlight, looking like it would be boiling to the touch. The way everything is awash with the subdued yellows and pinks of another day come to a close. The way it becomes so easy to forget the disappointments of the city when it offers so much beauty every evening. And when you reach the bend in the road, the way the mountains appear before you… there’s something about a Beirut sunset.

So I drive, and as my foot unconsciously works the pedals, I think. Will I miss this? Will it miss me? Will I come back one day to find it completely changed, and will it accept the new me who will also have definitely changed? Do I have the right to claim this place as mine when I’ve wanted to leave for so long?

Something about my nostalgia feels… fake. Leaving feels like too much of a dream come true for me to be sad. Yet I am, and I wonder, is leaving always so bittersweet? So many people of my generation find themselves at a crossroads between two identities, two cultures, two nationalities, a struggle that leaves us feeling stranded, not knowing where we belong. Is it the outside we crave, or the inside we despise? Is it a combination of both? It somehow feels like I am incapable of belonging fully to my Beirut, as much as I would like to. Such is the fate of someone who has always lived between two cultures. Even by way of language, I write this in English, not Arabic. The double standard is therefore clear: how could I pretend to fully belong to this tiny Arab country overlooking the Mediterranean? Lebanese singer Yasmine Hamdan said it best, “I’m not sure I know what it’s like to belong to one place.” I have reached the twilight of my stay in Beirut. It must not be shocking to realize I am falling in love with it… after all, the sun’s dying rays always did paint a beautiful picture.

In the end, I can wonder all I want, dragging you along with me on this ride to which there is no end in sight. I have asked all these questions and have offered no answers – if you have any, I’d be glad to hear them. But if I do know one thing, it is that I believe home is not a place. Home is a feeling.

So I take the seaside road while I still can.

 

 

 

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Palestine : La « Plateforme de l’innovation » au service des jeunes talents

Face aux traditions qui monopolisent le paysage culturel en Palestine, des jeunes se révoltent à leur manière et créent une plateforme d’échange. Cette initiative vise à mettre en valeur les jeunes talents dans différents domaines dont la littérature, la poésie, le théâtre, et l’art…

Repoussés et marginalisés, de nouveaux talents palestiniens trouvent dans la « Plateforme de l’innovation » (بسطة الإبداع) un moyen de s’exprimer et de montrer leurs aptitudes. Le nom de cette plateforme en arabe (basta) rappelle les étalages en bois sur lesquels les camelots (marchands ambulants) exposent leur marchandise. Non, ce n’est pas une coïncidence. Ce nom illustre la facilité de l’échange culturel sur cette plateforme et de la mise à jour de son contenu.

La Plateforme voit le jour suite à des discussions sur le réseau social Facebook entre quelques jeunes qui lancent une initiative visant à mettre en valeur les jeunes talents marginalisés. Ils organisent alors une pièce de théâtre à Ramallah le 17 avril 2010 ciblant les jeunes intéressés par la culture. Suite au vif succès de cette première tentative, la « Plateforme de la poésie », consacrée aux talents poétiques de différents styles, voit le jour. Une troisième étape s’ensuit : la « Plateforme de couleurs » qui fait appel aux talents artistiques. Finalement, le projet « Visions » est lancé et  vise à dévoiler les jeunes talents dans les écoles.

 

La "Plateforme de l'innovation" prend vite du succès.  Crédit photo: http://www.alapn.com/ar/news.php?cat=2&id=14358

La « Plateforme de l’innovation » remporte un vif succès.
Crédit image : http://www.alapn.com/ar/news.php?cat=2&id=14358

Ouverte à tous, la « Plateforme » ne juge les personnes que d’après leurs talents. « Même les handicapés jouissant de talents exceptionnels y sont les bienvenus », déclare fièrement la personne en charge du projet, Mohamed Radi Ata.

Cette initiative vient adoucir les mœurs dans une région marquée par les conflits et les guerres. Elle permet aux jeunes Arabes de s’exprimer en beauté et d’oublier le climat de violence dans lequel ils vivent.

بديعة زيدان، « «بسطة إبداع» تدعم مواهب فلسطينية مهمشة » »، في جريدة الحياة،  ، 5 كانون الثاني 2014

http://alhayat.com/Details/589645

 

 

Louanges à Hermès, le dieu des traducteurs !

« Il parla ainsi, et le Messager tueur d’Argos obéit. Et il prit aussi la baguette à l’aide de laquelle il charme les yeux des hommes, ou il les réveille, quand il le veut. Tenant cette baguette dans ses mains, le puissant Tueur d’Argos, s’envolant vers la Piériè,  semblable à la mouette qui, autour des larges golfes de la mer indomptée, chasse les poissons et plonge ses ailes robustes dans l’écume salée. Semblable à cet oiseau, Hermès rasait les flots innombrables. »[1]

Bien qu’il soit le premier et le seul messager dans la mythologie gréco-romaine, Hermès (ou « Mercure » chez les Romains) était bel et bien connu pour son charme et son pouvoir magique, mais il était encore le dieu des carrefours et des voyageurs, le dieu des grammairiens et des traducteurs. La traduction donc a existé depuis l’Antiquité et s’est répandue non seulement entre commerçants et penseurs pour des échanges économiques et culturels mais elle était encore la mission d’un dieu ; d’un charmeur. Un traducteur ne serait-il pas alors un magicien qui, par sa « baguette », « charme les yeux des hommes [et] il les réveille » par sa traduction ? Ne serait-il pas celui qui a été choisi pour être un messager qui transmet le message d’une langue à une autre ? Et puisqu’il porte le message, ne serait-il pas encore prophète, poète et alchimiste ?

Certes, il est poète et alchimiste puisqu’il a « ses ailes robustes », « ses ailes de géant » [2] qui lui permettent de plonger dans le gouffre textuel et linguistique en « rasant les flots » pour transformer le texte puis en donner un autre nouveau. Autrement dit, un tel métier ne pourrait jamais être remplacé ni par les machines ni par les logiciels. C’est le travail où la tâche et la touche de l’Homme seront toujours et essentiellement nécessaires.

Hermès


[1] HOMÈRE, l’Odyssée, Paris: Pocket Classiques, 1989, page 102, Rhapsodie V.

[2] BAUDELAIRE Charles, « L’Albatros », Les fleurs du mal, Paris : Folio classique, 1996, page 36.