Un peu de noix et un danger pour la santé !

Des perles qui tuent ! Source : http://acclabel.com/produits-services/linguistique/

Des perles qui tuent !
Source : http://acclabel.com/produits-services/linguistique/

Une seule erreur de traduction sur l’étiquetage des denrées alimentaires pourrait avoir de sérieuses répercussions sur la santé des consommateurs.

« Une politique de tolérance zéro doit être mise en œuvre à l’égard de toute erreur de traduction susceptible de provoquer des des problèmes de santé quand l’étiquetage n’est pas à 100% exact notamment quand il mentionne la présence d’allergène, la teneur en sucre, en glucides, et en sel ou l’apport  énergétique, etc. ». C’est par ces mots que Richard Brooks, directeur de l’Association of Language Companies et PDG de K International (une entreprise qui offre des services de traduction) tire la sonnette d’alarme contre l’usage intempestif des logiciels de traduction automatique.

L’industrie alimentaire de l’UE est tenue, d’après Brooks,  de réviser l’étiquetage des produits et partant de la traduction qui en est faite, et ce avec l’entrée en vigueur du règlement INCO (Règlement de l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires) à partir de décembre 2014.

« Traduire l’étiquetage des denrées alimentaires n’est point facile, reconnait Brooks, surtout pour une firme comme nous qui traduit les données relatives à plus de 1 000 produits par semaine.  De plus, les erreurs de traduction dans l’étiquetage des produits provenant de l’étranger persistent. Ces erreurs sont principalement dues à l’utilisation de mémoires de traductions polluées, aux traducteurs qui manquent de professionnalisme et au recours aux systèmes de TA sans aucune post-édition. »

« Google Traduction, par exemple, traduirait la mention« may contain nuts » par « peut contenir des noix » et non pas par « peut contenir des traces de fruits à coque ». Pourtant, l’on sait bien qu’il y a une différence entre les noix et les fruits à coque quand il s’agit de prévenir une réaction allergique. Et cette erreur est largement répandue sur les emballages de produits vendus dans les supermarchés en Europe », constate Brooks. « Il est certes permis d’utiliser des outils d’aide à la traduction mais la révision d’un traducteur professionnel spécialisé dans le secteur alimentaire s’impose », conclut-il.

Si le nouveau règlement INCO vise à ne pas induire le consommateur en erreur sur les caractéristiques, les propriétés ou les effets de la denrée alimentaire, il est de la responsabilité du traducteur de veiller à ce que cet objectif soit atteint.

 

Caroline Scott-Thomas, « FIC regulation: Lost in translation? », in Food Navigator, http://www.foodnavigator.com/Policy/FIC-regulation-Lost-in-translation

Traduisons pour lutter contre l’Ebola….

Ignorer une maladie comme Ebola est aussi dangereux que d’entrer en contact avec une personne infectée. Cette ignorance est due au fait que les informations sur les moyens de prévention ne sont pas disponibles dans les langues comprises par les personnes à risque. C’est pour cela que l’Association Traducteurs sans frontières a décidé d’agir.

Et pour cause. Il existe bel et bien un moyen relativement peu onéreux et à faible technicité pour endiguer cette épidémie, un moyen que l’on n’évoque guère : la traduction.

C’est, en effet,  la barrière linguistique qui empêche les personnes à risque d’accéder à l’information. En Sierra Leone, un tiers des personnes à risque ignorent la cause de la maladie alors que les deux tiers ignorent les moyens de prévention car seule la minorité éduquée parle l’anglais. De même au Libéria, 20% de la population seulement est anglophone. Cependant, toute la documentation destinée à la sensibilisation des populations est en anglais.

Traduire dans une langue adaptée à la culture des destinataires instaure la confiance, condition nécessaire pour changer ses habitudes. S’adresser à une personne dans une langue qu’elle ne comprend pas n’est pas le meilleur moyen pour la convaincre d’apporter des changements substantiels à ses coutumes et pratiques. Et c’est justement ce qui est demandé aux populations touchées par cette épidémie.

Si la traduction permet de surmonter cette barrière linguistique, elle n’est pas facile à réaliser. Traduire et imprimer la documentation dans un continent où l’on recense plus de 2 000 langues parlées est une entreprise onéreuse. Cependant, traduire dans un nombre réduit de langues régionales peut suffire. Par exemple, 522 langues sont parlées au Nigéria mais trois langues seulement – le hausa, le yoruba et l’igbo – pourraient couvrir 65% de la population. De même, le problème de coût ne se pose plus quand Internet entre en jeu. Le téléphone portable est accessible à plus de 65% de la population en Afrique voire aux plus démunis.  C’est pour cette raison que l’Association Traducteurs sans frontières ne s’est pas contentée de traduire la documentation  dans les principales langues locales mais elle a aussi traduit les informations accessibles en ligne sur les téléphones portables via Wikipedia.

Traduire ou ne pas traduire, telle n’est pas la question. Une chose est sûre pour prévenir une maladie comme Ebola : mieux vaut traduire que guérir.

 

Lori Thicke . « How translators can help stem the Ebola crisis », in http://www.newstatesman.com/health/2014/10/how-translators-can-help-stem-ebola-crisis, 14 October 2014.

 

 

«Citoyen-traducteur» ou «transcitoyen» : Un nouveau concept

Un forum est un lieu d’échanges où l’on peut exprimer son point de vue ou partager une lecture intéressante ou une technique utile. Ce billet s’inscrit dans ce cadre et vous invite à lire un article d’un intérêt particulier pour les traducteurs et interprètes puisqu’il lance un nouveau concept, celui du «citoyen-traducteur» ou «transcitoyen».

« L’identité de l’Europe, c’est la traduction » est un article de Camille de Toledo (écrivain) et Heinz Wismann (philologue) paru dans Le Monde du 25 juin 2014. Voici quelques propos à méditer qui vous donneront un avant-goût de l’article :

« […] Nous habitons désormais des espaces multilingues, plurinationaux. Nous existons dans des «entre-lieux», entre un pays et un autre, entre une ville d’adoption et une ville de naissance. Et il naît de cette situation une nécessité de repenser un lien d’appartenance en accord avec la réalité de nos vies diffractées.

Définir le citoyen européen au XXIe siècle comme « citoyen-traducteur » permet d’articuler des loyautés multiples : être de sa ville, de sa région, de son pays et d’un espace plus vaste, lui-même défini comme espace où la « traduction » est la langue commune. Penser l’appartenance comme un effort pour traduire l’autre et se traduire pour l’autre, ou pour soi-même se tenir, là où la vie et la culture nous mettent, entre les langues, les genres, les rites, les fidélités et les affranchissements.[…]

Repenser l’Europe à partir des «entre»-mondes, autour du seul tryptique qui prépare l’avenir : traduction, migration, hybridation. Autoriser le multiple pour l’avenir, penser les attachements et les loyautés plurielles, voilà le sens de cette langue des langues. […]»

Il est bien entendu recommandé de lire le texte intégral : http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/06/25/l-identite-de-l-europe-c-est-la-traduction_4445045_3232.html

Doublage et sous-titrage en arabe : Une supercherie ?

Subtitle

Prépare-t-il vraiment du thé bon pour les cordes vocales des chanteurs d’opérettes ?

La traduction de la traduction

La plupart des films et des séries diffusés au Liban et dans le monde arabe font l’objet d’un d’un doublage ou d’un sous-titrage. Abbas BAYDOUN, journaliste et critique dans le quotidien libanais As-Safir, attaque ces deux techniques de traduction, qualifiant la première de mascarade et considérant la deuxième comme le reflet d’une culture qui prône le camouflage.

Je n’aime pas le doublage. Je n’aime pas que l’on substitue la voix de l’acteur par une autre car c’est une forme d’agression, voire une mascarade qui me tape sur les nerfs.

Je préfère de loin le sous-titrage car lire et écouter les paroles de l’acteur bien synchronisées avec les expressions de son visage et sa voix me paraît un moyen plus sincère, plus simple et plus proche de la réalité.

Sauf que le sous-titrage en arabe a aussi ses défauts ! Car, une traduction qui est soumise à des règles et des directives préalables est tout sauf une traduction proprement dite. Elle cache souvent le vrai sens et le camoufle. Cependant, il ne faut pas blâmer le traducteur mais les contraintes qu’on lui impose.

Pour comprendre le sens, il revient au spectateur de trouver la corrélation entre la fausse dénomination et le sens recherché et il y parviendra s’il fait preuve de perspicacité, d’un bon sens de l’observation et d’un pouvoir de déduction. Et tôt ou tard, le spectateur finira par décrypter le «code secret» utilisé pour comprendre le vrai sens de la traduction : désormais, le spectateur ne lit pas le sens mais il le subtilise.
Ainsi, quand vous lisez «boisson écossaise», il faut penser au whisky. Et c’est bien le cas de la plupart des boissons du monde ! Dans les films sous-titrés en arabe, la vodka devient la «boisson russe», le vin la «boisson française» et le «tequila»,  c’est, bien entendu, la « boisson mexicaine ». Il suffit d’un peu d’expérience ou de connaissance pour que le spectateur puisse décoder le code encodé par le traducteur.

Pour la culture arabe, en définitive, tout est affaire de dénomination : si elle ne nomme pas les choses telles qu’elles sont, elle croit pouvoir facilement les supprimer ! Et si elle supprime les noms des boissons alcooliques, elle croit pouvoir supprimer l’alcool ! Du coup, la tromperie devient une auto-tromperie.

Mais si l’on pense qu’en supprimant le nom, on supprime la chose, l’on pourrait facilement supprimer un être humain juste à cause de son nom, de sa race, de sa religion, etc. Puisque l’on ne sait plus faire la différence entre l’objet et sa dénomination, les personnes risqueraient de devenir victimes de leur nom !

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« Je n’arrivais pas à trouver un moyen pour en finir avec ces sous-titres stupides. J’ai fini par les cacher avec du ruban adhésif. »

 

عباس بيضون. « ترجمة الترجمة »، في جريدة السفير، 22 شباط 2014
http://www.assafir.com/Article/338999/Archive

 

Une page ? Pas tout à fait !

 

 

Le client : « Prière de traduire ce document pour demain. C’est juste une affaire de 60 pages. »

Le traducteur : « Le délai est trop court. Je ne pourrai finir que 4 pages.  »

Une heure plus tard

Le client : « Nous comprenons parfaitement la situation. Prière de traduire ces « 4 pages » pour demain. »

Le traducteur : « Finalement… Je commence à mater mes clients ! »