Le débat sur la Lingua Franca resurgit

La crise de 2008 n’a laissé aucun pays indifférent. L’Europe qui essaie d’y remédier, tant bien que mal, ne sait plus où donner la tête. Qu’il s’agisse de « billion euros » anglais, de « billón » espagnols, de « quadrillion » français ou de « milijarde » croates, l’argent se fait rare et il faut le puiser partout même aux dépens des fondements sacrés de l’Union, à savoir la diversité par les diverses langues et cultures qu’elle englobe.
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Dans ce contexte d’austérité généralisée, les institutions européennes cherchent à couper les budgets coûte que coûte. La traduction, qui était jusqu’alors préservée par la diversité européenne exemplaire, se retrouve menacée en quelque sorte par un sujet sensible qui gêne une grande partie des traducteurs : la lingua franca.

credit image: www.linguafranca.eu

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L’hégémonie grandissante de la langue anglaise lui confère indirectement ce statut de lingua franca. Pourquoi ne pas unifier toutes les langues au sein du Parlement européen et en adopter une, en l’occurrence l’anglais ?

Credit image: www.quicklingo.com

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Cette question de lingua franca a suscité plusieurs débats; on a d’abord évoqué l’espéranto qui pourrait devenir « Europanto » ; une langue « synthétisée sur mesure » pour se comprendre sans intermédiaire (souvent un traducteur ou un interprète). Une utopie pour les budgets mais une grosse gêne pour certains traducteurs.

Loin d’être catastrophique, l’officialisation de l’espéranto ne mettrait aucun traducteur au chômage bien au contraire, les concernés emploieraient certainement cette langue au sein des réunions et des cérémonies officielles, mais le traducteur aura toujours sa place pour traduire de et vers cette lingua franca tant convoitée.

L’anglais s’est imposé rapidement. Oui mais cette place gêne plus d’un. On se comprend, on communique plus facilement mais on s’écrase aussi, puisque cette langue imposerait ses notions anglo-saxonnes aux utilisateurs. L’Europe deviendrait non démocratique et l’intégration poserait problème. Si l’allemand détient désormais un statut de langue de formalités uniquement, le français oscille toujours. Cependant certains ne le voient pas du même œil ; en décembre, un journaliste français du journal Libération a boycotté une conférence de presse sur la présidence de l’Union Européenne à Dublin en Irlande parce qu’elle était uniquement en anglais. Il a affirmé que le problème d’argent et de budget était un faux problème, en réalité si l’argent était réellement le problème, la conférence devrait se présenter en gaélique et non en anglais.(blog)

La lingua franca gêne les traducteurs certes, mais ne leur fait peur pour autant. Il faut dire que les coupes budgétaires toucheront tout et tout le monde. Toutefois, la traduction aura toujours sa place au sein des institutions politiques. Entre temps, méditons sur cette salade linguistique qui pourrait bien résumer la situation : «Discardant la textbuch, externalise sus sprachangst y just improvite.»

http://www.guardian.co.uk/world/2013/apr/24/europa-english-official-language-eu

Titres de films : En français, ça donne quoi ?

LostinTranslation

Si les Français ont gardé le titre original, les Québecois l’ont quant à eux traduit !

 

Côté septième art, les Français semblent un peu lost in traduction. En France, la moitié des films en salle sont américains et les titres sont souvent traduits. Seul pays européen projetant à la fois versions originales et films doublés sur les grands écrans, les titres y sont souvent «victimes» de la traduction. «The Iron Lady» s’est de ce fait converti en «La Dame de Fer» et «The Ides of March» a été traduit par «Les marches du pouvoir». Néanmoins, dernièrement, plusieurs films ont paru avec des titres en anglais – seulement, sans vouloir vous décevoir, des titres encore très différents des titres originaux. C’est ainsi que «Crazy Night» a remplacé «Date Night», et que «The Hangover» a pris une forme plus explicite: «Very Bad Trip»…

L’adaptation bizarroïde la plus récente est le film nominé aux derniers Oscars «Silver Lining Playbook» qui a muté pour prendre la forme de «Happiness Therapy». «Silver Lining Playbook» a déjà un sens relativement opaque pour les Anglophones et une traduction littérale en français, «Mode d’emploi du bonheur», n’aurait pu que nous faire grincer des dents. Cette proposition reste cependant remarquable en comparaison à celle de Google Translate : «Playbook doublure argentée»!

Il faut dire que la tendance voudrait que la langue de Shakespeare demeure pour certains films américains; le public français préfère que le titre reste inchangé pour garder son cachet «cool américain», et les producteurs cherchent à trouver des titres plus simples et plus compréhensibles pour le public français anglophone.

Mais il faut rester prudents; aujourd’hui, les films ont déjà une vie en ligne avant leur sortie, et c’est une des raisons pour laquelle les titres doivent souvent rester en anglais. Par exemple, le premier «Die Hard» sorti dans les années 80 avait été traduit par «Le piège de Crystal»; aujourd’hui, «Die Hard 4» n’est autre que «Die Hard 4» en français.

Toutefois, la démarche dépend du genre du film. Nous ne verrons sûrement pas du même œil le titre d’un film d’auteur ou celui d’extra-terrestres attaquant la Maison Blanche ! «No Strings Attached» a été simplement traduit par «Sex friends» et personne ne pourra passer à côté du sujet en question.

Quant aux films pour enfants, c’est une autre histoire. Ils sont traduits systématiquement. Les enfants vont voir un film que leur maman leur permet de voir, et un titre anglais pourrait induire les parents en erreur, leur faisant croire que c’est un film pour adultes. «Up» est alors devenu «Là-Haut», «Despicable me» «Moi, Moche et Méchant» et «Finding Nemo» « Le Monde de Nemo».

Alors ? Traduire ou ne pas traduire ? Telle est la question…!

Hannah OLIVENNES. «In France, They Call It ‘Happiness Therapy’», in http://rendezvous.blogs.nytimes.com/2013/03/07/in-france-they-call-it-happiness-therapy/?hpw, March 7, 2013.

Pour en savoir plus, lire aussi : Christophe COURTOIS. «Apologie du titre français en 44 films», in http://christophecourtois.blogspot.fr/2010/07/apologie-du-titre-francais-en-44-films.html#!/2010/07/apologie-du-titre-francais-en-44-films.html

 Crédit photo : http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18460333&carticlepage=16293&page=2&cmediafichier=19107095.html