La langue ne fait pas le moine…

- En quelle langue pensez-vous, rêvez-vous, réfléchissez-vous ?

- En français.

- Et quand vous êtes énervé, vous jurez en quelle langue ?

- Ah, là, en arabe.

Beaucoup d’arabophones entretiennent avec leur langue un rapport relativement conflictuel. Affirmant avec assurance que leur langue maternelle est le français ou l’anglais, certains préfèreraient presque mourir que d’admettre qu’il leur est plus naturel de parler arabe.

Nous avons aussi la catégorie des individus au bord de l’absence d’identité, à l’instar de Jacques Derrida : arabe imparfait, anglais imparfait, français imparfait.

La ruse des passeports est également fascinante :

- De quelle nationalité êtes-vous ?

- Canado-Allemand.

- Ah oui ? (À ce stade de la conversation, mon interlocuteur me complexe parce que je l’imagine quadrilingue et doté d’un bagage culturel digne d’un ambassadeur à la retraite).

- Oui, mais j’ai grandi dans un petit village près de Jezzine, je ne suis jamais allé en Allemagne et je n’ai aucun souvenir du Canada.

Et dans cet océan de confusion identitaire, il y a moi. D’origine syrienne, née et élevée en France, finissant mes études au Liban, imaginez un peu le désordre.

Mes langues sont comme mes vêtements. Elles me trahissent en une seconde, et permettent de m’étiqueter, en théorie de manière incontestablement pertinente, bien qu’en réalité mes interlocuteurs ne soient presque jamais tombés juste.

Un accent très parisien en français me vaut d’être considérée avec respect : après tout, j’arrive tout droit du pays mandataire.

En entendant mon fort accent syrien en arabe, en revanche, les Libanais me toisent de haut.

Le plus perturbant pour eux reste lorsque je passe d’une langue à l’autre : s’exprimer en l’espace de quelques minutes en français parisien puis en arabe syrien, c’est comme passer du statut de crème de la crème à celui de lie de la société.

De mon côté, je m’y retrouve plutôt bien. Je vis ma double nationalité comme une richesse, et vous aurez beau me prendre de haut, je resterai fière d’être Syrienne, autant que Française.

 

 

L’arabe à Berlin : de la confusion à la rupture

Est-ce que les enfants arabes peuvent apprendre leur langue maternelle dans un pays alors que cette même langue n’est pratiquée ni à l’oral ni à l’écrit ?

Apprendre l’allemand aux enfants arabes n’est pas le seul souci des parents qui vivent en Allemagne. Ces derniers n’arrivent pas à proprement transmettre leur langue maternelle à leurs enfants. Par conséquent, les générations germano-arabes grandissent au sein d’un bilinguisme non-perfectionné, voire faible.

Le bilinguisme en général est perçu différemment par les théoriciens et les linguistes. Certains pensent qu’en enseignant deux langues à un enfant, il risquera de les perdre car les mots vont se mêler dans sa tête. Par contre, d’autres pensent que les enfants sont capables d’apprendre facilement deux ou plusieurs langues car, à leur âge, leur cerveau peut tout absorber sans rien confondre.

 Sur ce, de nombreux enseignants des petites sections en Allemagne ont demandé aux mamans arabes de transmettre leur langue à leurs enfants puisque l’enseignement de la langue allemande sera assuré à l’école.

Une enseignante ajoute que la langue allemande est déjà difficile à apprendre. Les enfants arabes sont alors victimes de la confusion linguistique et ils n’arrivent plus à bien prononcer ni les lettres allemandes ni les lettres arabes. La seule solution consistera donc à apprendre ces deux langues séparément : l’une à la maison et l’autre à l’école.

 Quant aux parents, ils n’arrivent plus à comprendre la langue de leurs enfants : certains enfants mêlent les deux langues pour formuler une phrase moitié arabe moitié allemande alors que d’autres préfèrent s’exprimer en allemand vu que c’est la langue de leur entourage académique et amical. Ceux-ci comprennent leurs parents quand ils leurs parlent en arabe mais ils ne répondent qu’en allemand.

Certains parents trouvent que ce problème linguistique est dû au manque de spécialistes de la langue arabe orale et écrite : les enfants apprennent l’arabe dans les mosquées où ils s’entraînent uniquement à lire sans développer d’autres facultés telles que la formulation d’une phrase en arabe.

La confusion du bilinguisme et la faiblesse de l’arabe chez les enfants ont alors causé une rupture avec leurs parents et leurs patries…

D’une part, les parents trouvent que l’arabe n’est pas seulement une langue mais un héritage culturel. Perdre la communication en arabe implique alors la perte de la culture arabe.

D’autre part, les enfants arabes ne sont pas prêts à apprendre leur langue maternelle puisqu’elle ne leur servira à rien. Les arabes résidant en Allemagne ont essayé de pousser leurs enfants à parler l’arabe en se solidarisant et en les obligeant d’avoir pour amis d’autres enfants arabes. Mais, une fois grands, les enfants vont chercher leurs propres amis qui seront naturellement allemands et l’arabe, encore une fois, ne sera pas pratiqué.

La rupture des jeunes Arabes avec leur langue maternelle n’est peut-être pas involontaire. Un jeune Palestinien affirme que la langue arabe ne lui sert à rien et il ajoute : « La langue est une manière de penser et moi je pense en allemand car j’habite en Allemagne. Pourquoi nous déranger constamment par la langue arabe alors qu’elle ne nous est pas utile ? »

L’arabe en Allemagne est devenu rarement pratiqué et certains jeunes y ont recours juste pour hurler et crier quand ils sont en colère.

Les jeunes Arabes résidant en Allemagne ont abandonné leur langue maternelle pour des raisons logiques. Leur rapport avec cette langue est au départ confus puis la rupture a lieu : l’arabe est complètement abandonné. Il serait donc inutile d’obliger les jeunes à parler l’arabe car la langue est liée à l’intellect et à l’affect. Beaucoup d’orientalistes adorent la culture arabe. Par conséquent, ils apprennent à tout prix sa langue. En revanche, beaucoup d’Arabes ne savent conjuguer le verbe réfléchir et le verbe aimer qu’en allemand. Laissons donc l’arabe à ceux qui désirent l’apprendre et arrêtons d’imposer des règles absurdes aux jeunes gens qui n’ont hérité de l’arabe que le prénom, peut-être…

 

immigrants-learn-to-speak-german-merkel

Merkel exhorte les migrants à apprendre l’allemand. Mission accomplie !

http://alhayat.com/Articles/688462/وهبي،  يارا. « أطفال لا يتكلمون لغتهم إلا حين يغضبون »،  اطفال-ال-يتكلّمون-لغتهم-ٕاال-حين-يغضبون  

الأربعاء 19 شباط/فبراير 2014