L’art ne peut être un délit

Dans le cadre de la rénovation de l’espace d’étude de l’École de Traducteurs et d’Interprètes de Beyrouth (ETIB), j’ai décidé d’investir mon talent en graffiti non seulement pour redonner un coup de neuf aux murs de la faculté mais aussi pour redorer l’image  de cet art.

Fleurissant incroyablement le long des ruelles de Mar Mkhayel, s’épanouissant sur les autoroutes de Dbayeh et ornant les passages beyrouthins, l’art du graffiti ne passe certainement plus inaperçu de nos jours.

Des murs autrefois dépourvus d’intérêt, un triste bâtiment qui sort de la guerre et un chantier démembré sont les patients de cette thérapie émergente. Elle les ravive, les orne d’optimisme et d’espoir.

Etant l’un de ces patients désenchantés, l’espace d’étude de l’ETIB m’a été confié et j’avais carte blanche pour la thérapie de ses façades. J’ai ainsi contribué à la législation d’une activité a priori considérée comme vandalisme mais qui se révèle être en réalité comme un moyen d’embellissement.

Identique à la traduction, le graffiti est un moyen qui transmet un message. À travers mon dessin, j’ai voulu montrer aux étudiants que chaque personne peut marquer un lieu de son empreinte. Ainsi, je laisse une trace vivante non seulement de mon appartenance à l’ETIB mais aussi de celle d’une promotion dynamique et inoubliable.

 

 

 

Quand Bob Dylan chante son Nobel de la littérature…

BOB DYLAN: 2016 NOBEL PRIZE FOR LITERATURE

Dylan

Cartoon by Rob Rogers, The Pittsburgh Post-Gazette :
 http://thecomicnews.com/edtoons/2016/1019/dylan/03.php

 

Combien de chansons un chanteur doit-il composer
Avant que le prix Nobel ne lui soit accordé ?

Et combien d’auteurs mécontents vont-ils pleurer,
Le maudire, et l’enfer lui souhaiter ?

Eh bien mon ami
Écoute dans le vent,
Écoute la réponse dans le vent

الترجمة وثقافة الواوا

Haifa Wehbe- Wawa

Haifa Wehbe- Wawa

 

هل حاولتم يوماً ترجمة الأغاني اللبنانية الجديدة؟ هل صادفتم شخصاً أجنبياً يسألكم عن معنى الكلمات التي تغنيها هذه الجميلات المتشابهات؟ هل قررتم تغيير الموضوع كي لا تقعوا في بئر الخجل والإهانة؟
ماذا لو سألني أحد الأجانب عن أغنية « زيزي »؟ هل أعتمد الترجمة الحرفية؟
Banane, deux bananes, j’en veux deux ؟!
سيظنها بالتأكيد أغنية لأطفال في الحضانة، يتعلمون من خلالها أسماء الفاكهة والأرقام. ماذا لو اعتمدت الترجمة بالأقلمة؟ هل اشرح له معاني الاغنية، أو اكتفي بإعطائه رابط « الفيديو كليب » لمشاهدته؟ …لا تعليق
واوا أو «يا ماما»؟!
« أما عن «الواوا» أو «البوبو» فحدِّث ولا حرج… فنانة محتشمة وصوت ملائكي ما كان ينقصهما إلا فيديو كليب «ليزيد الطين بلة».
اختلط الحابل بالنابل وأصبحت الاغنية الأحب إلى قلب الأطفال العرب – بما أنها موجهة إلى الجمهور العربي – وسيلة إغراء للمشاهد الأجنبي . من هنا ظهرت صعوبة الترجمة وضرورة أن يكون العمل متكاملاً ومتوافقاً. فعلى من تقع المسؤولية إذاً؟ على الفنان أو على الكاتب أو على المخرج؟


Boobs أو Boo-Boo ؟

بطبيعة الحال يتشارك المترجم والمخرج في مهمة واحدة وهي نقل الصورة إلى القارئ أو المشاهد بمصداقية وأمانة. لكن الحال اليوم تغير حتى أصبح كلٌ يغني على ليلاه.
من يعاني الواوا هي…اغنياتنا المعاصرة. فكما يُقال في عاميّتنا: » فلان عربيّته على قدّه, أو فلان فرنسيّته على قدّه، أو فلان إنكليزيته على قده… يُقال عن الأغنية العربية المعاصرة: عربيّتها على قدّها، وليس لها من صرخة الآه نصيب. » فإذا كانت لغة الاغنية الأصلية « على قدّها » كيف يأتي المترجم إذاً بترجمة  « على قدّه » وقدّ فهم الأجانب؟

« 

Quand la tradaptation échappe aux traducteurs…

Toute réécriture est une transposition, considère le célèbre critique et théoricien littéraire Gérard Genette : on transpose et on transforme le texte en changeant son contexte (historique ou géographique), son angle de vue, ses personnages, son intrigue etc. La traduction est aussi une forme de transposition puisqu’elle consiste à modifier le texte en le transposant d’une langue à une autre. Mais selon Genette, la traduction est aussi « la forme la plus voyante et la plus répandue » de la transposition, donc la forme la plus répandue de la réécriture.

Et c’est bien normal que la traduction soit la plus répandue parmi les réécritures puisqu’avant de modifier le texte, l’écrivain doit le comprendre. Cependant, nous remarquons que même l’acte de traduire est parfois pris en charge par des écrivains qui arrivent à traduire brillamment certaines œuvres comme dans le cas de Baudelaire qui a magnifiquement traduit Edgar Allan Poe.

Par exemple, au Liban, certaines œuvres ont été traduites, modifiées, adaptées à la culture libanaise et représentées par la même personne: la célèbre pièce de théâtre de George Bernard Shaw et qui s’intitule My Fair Lady – qui est d’ailleurs une réécriture du mythe de Pygmalion – a été traduite et adaptée à la libanaise par le dramaturge libanais Roméo Lahoud. Ainsi, My Fair Lady devient Bent El Jabal (la fille campagnarde) : la langue change de l’anglais au libanais, les personnages et les régions changent de nom, mais l’intrigue demeure la même.

Ceci est aussi le cas du célèbre dramaturge, acteur et metteur en scène libanais Antoine Moultaka qui a été l’un des premiers à introduire le théâtre au Liban et dans le monde arabe. Il a fidèlement traduit et représenté de nombreuses pièces connues comme Caligula de Camus Macbeth et Hamlet de Shakespeare, la Résistible Ascension d’Arturo Ui de Brecht, etc. À part la langue, il a aussi modifié le mode de représentation de Dix petits nègres (de son titre original And Then There Were None) d’Agatha Christie en transposant le roman policier anglais en l’un des meilleurs feuilletons classiques libanais. Les Chaises de Ionesco et En attendant Godot de Beckett ont été aussi traduites et représentées sur scène grâce au dramaturge et metteur en scène Roger Assaf.

Grâce à ses œuvres traduites, le spectateur non seulement assiste à des pièces de théâtre, mais il devient immédiatement exposé à la culture et aux messages de la traduction directe qui sort des livres pour se manifester sur scène.

La traduction adaptée ou la réécriture peut être donc confiée au dramaturge, au metteur en scène, au poète ou à l’écrivain, sauf si ce dernier désire ajouter ses propres visions et adaptations au texte. Sinon, il vaut mieux laisser la traduction aux traducteurs.

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Dix petits nègres est une transposition libanaise qui a modifié à la fois la représentation et la langue

Traduire les titres de films ? Oui, mais sans exagération !

Préserver sa langue est devenue chose évidente et obligatoire dans de nombreux pays. Et il est toujours sain que le lecteur lise, dans sa propre langue, toute œuvre sans qu’il n’y ait aucun obstacle linguistique. Il est donc utile de traduire les livres et de sous-titrer les films. Mais l’exagération est tout de même mauvaise.

En France et au Québec*, on tend à traduire chaque film en ayant recours au doublage voire en traduisant son titre. Mais le doublage a ses désavantages qui bloquent tout passage de culture, voire du multi-culture: par exemple, le spectateur n’a aucune chance d’écouter ni d’apprendre un seul mot en anglais (vu que la plupart des films sont en anglais). Et le blocage de la culture n’est pas le seul problème. Si l’on désire tout traduire, soit,  mais il ne faut pas mal traduire ou exagérer dans la traduction.

Nous remarquons que certains films ont été traduits en français de manière quasi erronée : The Sound of Music par exemple, qui est un film classique, a été traduit comme suit : La mélodie du bonheur, sauf qu’il ne s’agit pas du tout de « bonheur »! The Sound of Music c’est l’effet que la musique traduit, et la musique peut refléter le bonheur, le malheur, la joie, le chagrin, etc., elle ne peut jamais se limiter au bonheur. Il s’agit plutôt de l’effet que la musique reflète et non pas de « la mélodie du bonheur »!

Ceci est aussi le cas d’une longue série des films de Hitchcock : Abnégation est la traduction de The Passionate Adventure. Laquelle des trois ? est la traduction de The Farmer’s Wife. De même pour Le passé ne meurt pas de son titre original Easy Virtue, À l’est de Shanghaï pour Rich and Strange, La loi du silence pour I Confess, etc.

Nous constatons donc que cette traduction n’est pas adéquate. Et parfois, on traduit correctement mais on exagère : le célèbre film de Hitchcock Vertigo  a été traduit par Sueurs froides alors qu’il aurait pu être simplement traduit par Vertige. Et Waltzes from Vienna a été traduit par Le Chant du Danube. À noter que Le Chant du Danube rappelle la célèbre valse de Strauss Le Beau Danube Bleu mais pourquoi ne pas traduire le titre par exemple par Valses de Vienne? Et quand le titre d’un film a son équivalent en français, on décide de garder le titre en anglais tel quel ce qui est le cas de Frenzy resté inchangé au lieu d’être tout simplement traduit par Frénésie !

En revanche, il est des traductions qui ont dépassé, esthétiquement, les titres originaux, et ceci est le cas de Life of Pi qui a été traduit par L’Odyssée de Pi. L’emploi du mot « odyssée » met en exergue le schème horizontal de l’aventure du héros. Et le mot « odyssée » dans le film est plus signifiant et plus adéquat que le mot « vie ».

Enfin, la traduction des titres demeure en elle-même un art qui demande, de la part du traducteur, une finesse et une compréhension totale du film, et de la langue source et de la langue cible afin d’aboutir à un résultat attirant, correct, beau, et surtout logique!

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La mélodie du bonheur… ou le malheur de la traduction !

 

* Voir aussi Titres de films : En français, ça donne quoi ?

Pour en savoir plus, lire aussi: Carole BOINET. « Huit titres de films passés au rayon X »  in http://www.lesinrocks.com/2012/12/06/cinema/huit-titres-films-passes-rayon-x-11329680/