Traduire les titres de films ? Oui, mais sans exagération !

Préserver sa langue est devenue chose évidente et obligatoire dans de nombreux pays. Et il est toujours sain que le lecteur lise, dans sa propre langue, toute œuvre sans qu’il n’y ait aucun obstacle linguistique. Il est donc utile de traduire les livres et de sous-titrer les films. Mais l’exagération est tout de même mauvaise.

En France et au Québec*, on tend à traduire chaque film en ayant recours au doublage voire en traduisant son titre. Mais le doublage a ses désavantages qui bloquent tout passage de culture, voire du multi-culture: par exemple, le spectateur n’a aucune chance d’écouter ni d’apprendre un seul mot en anglais (vu que la plupart des films sont en anglais). Et le blocage de la culture n’est pas le seul problème. Si l’on désire tout traduire, soit,  mais il ne faut pas mal traduire ou exagérer dans la traduction.

Nous remarquons que certains films ont été traduits en français de manière quasi erronée : The Sound of Music par exemple, qui est un film classique, a été traduit comme suit : La mélodie du bonheur, sauf qu’il ne s’agit pas du tout de « bonheur »! The Sound of Music c’est l’effet que la musique traduit, et la musique peut refléter le bonheur, le malheur, la joie, le chagrin, etc., elle ne peut jamais se limiter au bonheur. Il s’agit plutôt de l’effet que la musique reflète et non pas de « la mélodie du bonheur »!

Ceci est aussi le cas d’une longue série des films de Hitchcock : Abnégation est la traduction de The Passionate Adventure. Laquelle des trois ? est la traduction de The Farmer’s Wife. De même pour Le passé ne meurt pas de son titre original Easy Virtue, À l’est de Shanghaï pour Rich and Strange, La loi du silence pour I Confess, etc.

Nous constatons donc que cette traduction n’est pas adéquate. Et parfois, on traduit correctement mais on exagère : le célèbre film de Hitchcock Vertigo  a été traduit par Sueurs froides alors qu’il aurait pu être simplement traduit par Vertige. Et Waltzes from Vienna a été traduit par Le Chant du Danube. À noter que Le Chant du Danube rappelle la célèbre valse de Strauss Le Beau Danube Bleu mais pourquoi ne pas traduire le titre par exemple par Valses de Vienne? Et quand le titre d’un film a son équivalent en français, on décide de garder le titre en anglais tel quel ce qui est le cas de Frenzy resté inchangé au lieu d’être tout simplement traduit par Frénésie !

En revanche, il est des traductions qui ont dépassé, esthétiquement, les titres originaux, et ceci est le cas de Life of Pi qui a été traduit par L’Odyssée de Pi. L’emploi du mot « odyssée » met en exergue le schème horizontal de l’aventure du héros. Et le mot « odyssée » dans le film est plus signifiant et plus adéquat que le mot « vie ».

Enfin, la traduction des titres demeure en elle-même un art qui demande, de la part du traducteur, une finesse et une compréhension totale du film, et de la langue source et de la langue cible afin d’aboutir à un résultat attirant, correct, beau, et surtout logique!

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La mélodie du bonheur… ou le malheur de la traduction !

 

* Voir aussi Titres de films : En français, ça donne quoi ?

Pour en savoir plus, lire aussi: Carole BOINET. « Huit titres de films passés au rayon X »  in http://www.lesinrocks.com/2012/12/06/cinema/huit-titres-films-passes-rayon-x-11329680/

Doublage et sous-titrage en arabe : Une supercherie ?

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Prépare-t-il vraiment du thé bon pour les cordes vocales des chanteurs d’opérettes ?

La traduction de la traduction

La plupart des films et des séries diffusés au Liban et dans le monde arabe font l’objet d’un d’un doublage ou d’un sous-titrage. Abbas BAYDOUN, journaliste et critique dans le quotidien libanais As-Safir, attaque ces deux techniques de traduction, qualifiant la première de mascarade et considérant la deuxième comme le reflet d’une culture qui prône le camouflage.

Je n’aime pas le doublage. Je n’aime pas que l’on substitue la voix de l’acteur par une autre car c’est une forme d’agression, voire une mascarade qui me tape sur les nerfs.

Je préfère de loin le sous-titrage car lire et écouter les paroles de l’acteur bien synchronisées avec les expressions de son visage et sa voix me paraît un moyen plus sincère, plus simple et plus proche de la réalité.

Sauf que le sous-titrage en arabe a aussi ses défauts ! Car, une traduction qui est soumise à des règles et des directives préalables est tout sauf une traduction proprement dite. Elle cache souvent le vrai sens et le camoufle. Cependant, il ne faut pas blâmer le traducteur mais les contraintes qu’on lui impose.

Pour comprendre le sens, il revient au spectateur de trouver la corrélation entre la fausse dénomination et le sens recherché et il y parviendra s’il fait preuve de perspicacité, d’un bon sens de l’observation et d’un pouvoir de déduction. Et tôt ou tard, le spectateur finira par décrypter le «code secret» utilisé pour comprendre le vrai sens de la traduction : désormais, le spectateur ne lit pas le sens mais il le subtilise.
Ainsi, quand vous lisez «boisson écossaise», il faut penser au whisky. Et c’est bien le cas de la plupart des boissons du monde ! Dans les films sous-titrés en arabe, la vodka devient la «boisson russe», le vin la «boisson française» et le «tequila»,  c’est, bien entendu, la « boisson mexicaine ». Il suffit d’un peu d’expérience ou de connaissance pour que le spectateur puisse décoder le code encodé par le traducteur.

Pour la culture arabe, en définitive, tout est affaire de dénomination : si elle ne nomme pas les choses telles qu’elles sont, elle croit pouvoir facilement les supprimer ! Et si elle supprime les noms des boissons alcooliques, elle croit pouvoir supprimer l’alcool ! Du coup, la tromperie devient une auto-tromperie.

Mais si l’on pense qu’en supprimant le nom, on supprime la chose, l’on pourrait facilement supprimer un être humain juste à cause de son nom, de sa race, de sa religion, etc. Puisque l’on ne sait plus faire la différence entre l’objet et sa dénomination, les personnes risqueraient de devenir victimes de leur nom !

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« Je n’arrivais pas à trouver un moyen pour en finir avec ces sous-titres stupides. J’ai fini par les cacher avec du ruban adhésif. »

 

عباس بيضون. « ترجمة الترجمة »، في جريدة السفير، 22 شباط 2014
http://www.assafir.com/Article/338999/Archive