Ce que le bouleau russe dirait au cèdre libanais…

532 mots – Temps de lecture estimé : 3 minutes.

Tout semble opposer le bouleau au cèdre : l’un ploie sous les vents du Nord, l’autre s’élève, immuable, sur les cimes du Liban. Et pourtant, une rencontre fortuite a révélé ce qui les unit. La conversation qui suit en est l’écho.

À table, déjà

Parce que c’est toujours par-là que tout commence…

« Chez moi, on pose des zakouski, raconte le bouleau. Des cornichons malossol (légèrement salés), des pirojki, la salade Olivier qu’on appelle ici ‘salade russe’ ».
« Chez nous, on étale un mezzé. Du houmous, des rakakat, du fattouche. » réplique le cèdre.

Taboulé et rakakat, Olivier et caviar : deux rives qui se rencontrent sur une même table

C’est la même histoire : la famille qui se rassemble, les assiettes qui débordent, les voix qui montent. Personne n’écoute personne, mais tout le monde s’aime. C’est bruyant. C’est chaud. Ça sent bon.

Deux langues différentes, une même logique

« Vous parlez bizarrement, vous autres. Vous mettez des voyelles partout, vous faites chanter les mots. »

Le cèdre acquiesce : « Et vous, vous les tordez, vous les retournez. Une phrase russe, c’est un origami. »

Le bouleau réfléchit un instant. « Mais au fond, c’est la même chose. Si l’e3rab (analyse grammaticale) en arabe, c’est quand la dernière voyelle d’un mot change selon sa fonction dans la phrase, c’est presque comme les padeji (déclinaisons) en russe alors. »

Le cèdre, lui, sourit : « Exactement. Sauf qu’en russe, vous avez six cas où le mot se transforme entièrement, pas seulement la voyelle, mais le principe est le même. Dom (la maison, sujet). Doma (de la maison). Domoy (à la maison). »

Deux langues qu’on croyait si différentes. L’une fait chanter les voyelles, l’autre plie les mots comme du papier. Mais au fond, c’est la même obsession : la précision. Chaque mot sait où il va, ce qu’il porte, ce qu’il signifie. Deux langues qui bougent, qui s’adaptent, qui ne laissent rien au hasard.

Et ce n’est pas qu’une affaire de grammaire. Ces deux langues partagent aussi une expression que personne d’autre ne comprend :

« Tu sais, dit le bouleau, chez moi, quand quelqu’un sort du bain de vapeur (banya) ou même de la douche, on lui souhaite une vapeur légère : ‘S lyogkim parom !’ »

Ce sourire, une fois encore. « ‘Na3yman’, chez moi. On souhaite le bien-être. »

Deux arbres – Deux mondes

Ils ne s’étaient jamais rencontrés.

Mais ils se sont réunis autour d’une table où les zakouski ont voisiné avec le mezzé. Dans un appartement où le thé fumait dans un samovar et le café se lisait dans la tasse. Où l’on chantait Lioubè un soir et Fairouz le suivant. Où l’on dansait la kalinka les bras croisés, et la dabké pieds joints, main dans la main. Où les blini de la semaine apprenaient à connaître le man’ouché du dimanche matin.

Dabké et danse russe : les pas se mêlent, les cultures se croisent

Ils se sont rencontrés.

Et, sans vraiment le chercher, ils ont reconnu quelque chose. Pas une ressemblance évidente, mais plutôt une logique familière, cachée sous d’autres formes. Comme si, derrière les mots, derrière les gestes, résonnait une même mélodie, simplement traduite autrement.

La parole est à vous maintenant : Quelles ressemblances insoupçonnées avez-vous déjà relevées entre deux langues ou deux cultures ?

4 réflexions au sujet de « Ce que le bouleau russe dirait au cèdre libanais… »

  1. Entre le Liban et l’Italie, les ressemblances surgissent là où on ne les attend pas… souvent autour d’une table bien garnie. Dans les deux cultures, dire « viens manger » n’est jamais une simple invitation : c’est une promesse d’abondance, d’insistance affectueuse, et d’un léger drame si vous osez refuser une deuxième assiette. Linguistiquement, on retrouve aussi ce goût du geste qui parle autant que les mots : en italien comme en libanais, les mains complètent la phrase, parfois même la remplacent. Et puis il y a cette musicalité commune, ce mélange de chaleur, d’exagération et de poésie dans la manière de s’exprimer, où un simple désaccord peut sonner comme une scène d’opéra… avant de se résoudre autour d’un café. Bref, deux cultures qui, sans toujours se traduire mot à mot, se comprennent parfaitement à cœur ouvert.

    1. Merci beaucoup pour votre commentaire 🙂
      J’aime beaucoup cette idée de parallèles qui surgissent autour de la table, dans la manière d’inviter, d’insister, de partager plus que de simples repas. Et aussi ce lien entre les gestes et la parole, qui dit parfois autant que les mots eux-mêmes. C’est exactement ce genre de résonances que j’essaie de faire vivre dans le texte.

  2. Ayant grandi entre plusieurs langues, j’ai souvent remarqué que même quand tout semble différent, il y a une logique commune derrière. En psycho, ça me fait penser au fait que les humains partagent les mêmes besoins, peu importe la culture seule la manière de les exprimer change.

    1. Merci pour votre commentaire 🙂
      Oui, c’est vrai, et j’aime beaucoup ce regard en psycho. Ça rejoint bien l’esprit de l’article.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *