Le traducteur amoureux

Quand un traducteur déclare sa flamme…

Le traducteur amoureux

Le traducteur amoureux

http://mox.ingenierotraductor.com/2015/11/why-every-translator-should-go-to-at.html

Traduire c’est…

Le traducteur : Traduire consiste à trouver la cible exacte pour chaque source.
Sa compagne :  ZZZ…
Le traducteur : C’est comme regarder votre partenaire dans les yeux et essayer de comprendre son essence, pour que vos âmes soient en parfaite harmonie pour toujours.
Sa compagne : ??
Le traducteur : Lena, tu es ma cible et je suis ta source.

Grey

Traduction marathon : 576 pages en 7 jours !

C’est le record enregistré par trois traductrices qui ont réussi à adapter un roman de 576 pages en 7 jours seulement. Et pour cause : l’éditeur Lattès a décidé d’avancer la sortie française du quatrième tome de la saga romantique sadomasochiste, Grey, cinquante nuances de Grey par Christian, au 28 juillet.

Qualifiée d’exploit logistique, par le directeur commercial des éditions JC Lattès qui a réussi à mobiliser trois traductrices au lieu d’une habituellement, cette traduction marathon ne peut laisser les traducteurs indifférents.

Est-ce que la relation sado-masochiste entre les deux protagonistes de cette saga s’est transposée à l’éditeur et ses traductrices ? L’éditeur aux tendances sadiques n’a pas hésité un seul moment à imposer à ses traductrices un timing serré sous prétexte de « ne pas priver les lecteurs d’un livre d’été ». Quant aux trois traductrices, la québécoise Denyse Beaulieu, ainsi que Dominique Defert et Carole Delporte, elles ont vraisemblablement accepté les conditions contraignantes qui leur ont été imposées. Denyse Beaulieu, la traductrice qui a aussi supervisé cette adaptation marathon, semble d’ailleurs ne pas se plaindre voire s’y plaire. Pour elle, il a suffi de fixer rapidement certaines conventions pour l’adaptation de certains mots, notamment les termes sexuels. Avec, en outre, une exigence française à laquelle il fallait répondre ; «les habitudes littéraires françaises tolèrent beaucoup moins la répétition du même mot à deux lignes près», a-t-elle précisé dans une entrevue avec Le Parisien (à lire).

«Chacun s’est mis à sa partie, au rythme de douze heures par jour », raconte-t-elle. Donc, environ 27 pages ont été effectivement traduites par jour par traducteur soit plus de 2 pages par heure. Un vrai record qui dépasse de loin les capacités du traducteur humain !

Peut-on dire aller jusqu’à dire que ce record a pu être battu car ce quatrième tome a été qualifié par les lecteurs de « paresseux »?  Ils semblent que plusieurs scènes sont de véritables copier-coller de scènes du premier livre. Preuve à l’appui, des passages du livre de 2012 et celui de 2015 ont été mis côte-à-côte pour comparer. Ce quatrième livre raconte en effet l’histoire du premier roman, mais du point de vue de Christian Grey ! Et dans ce cas, l’on se demande si les traducteurs ont eu recours à une mémoire de traduction pour aller plus vite. Ce serait une première dans le domaine de la traduction littéraire !

Ce qui est certain c’est que ce « roman de plage » a rapporté aux traductrices des droits d’auteurs non négligeables qui ne sont évidemment pas équivalents à ceux de l’auteur. Est-ce une raison suffisante pour accepter de telles conditions de travail ?

http://www.espacebuzz.com/30-traductions-vers-le-francais-qui-risquent-de-vous-faire-mal-aux-yeux-bonjour-le-professionnalisme.html

Quand la traduction se couvre de ridicule !

Avez-vous jamais porté des vêtements « faits en dinde », mâché une « gomme à boules » ou même utilisé du « pétrole de légumes » ? Préparez-vous alors à plonger dans le monde des perles de la traduction !

Quand « made in Turkey » devient « faits en dinde », « bubble gum » se métamorphose en « gomme à boules » et « vegetable oil » mute en  « pétrole de légumes », sachez que c’est l’apocalypse de la traduction.

C’est bien rassurant d’avoir une couverture inflammable !

C’est bien rassurant d’avoir une couverture inflammable !

Âmes sensibles s’abstenir ! Tenez-vous loin des sites de traduction gratuits. Sinon, vous risquerez de voir des traductions de toutes les couleurs. Quand la traduction ne tient pas compte du contexte, de l’intention de l’auteur ni du sens du mot, les contresens, faux sens et non-sens sont au rendez-vous.

« Traductions de merde » et le « Top 50 des pires traductions » montrent bien l’ampleur du problème. Entre le « mangeur de chat » (cat feeder) et le « coffre-fort d’enfants » (child safe) en passant par « polissez la saucisse » (Polish sausage), vous allez découvrir une compilation de traductions à faire pleurer de rire !

Peut-on garder son calme face à une traduction pareille ?

Chacun son métier…

A qui la faute ? Les pseudo-traducteurs aux capacités médiocres sont à blâmer. Mais c’est surtout la faute à ceux qui préfèrent les embaucher pour ne pas dépenser leurs précieuses fortunes. Quant à la mention d’honneur, elle est décernée à ceux qui emploient la traduction automatique sans ménagement et qui comptent sur une machine pour accomplir le travail d’un homme. Dans ce cas-là, il n’est pas surprenant de tomber sur les perles les plus extravagantes !

« Nous recherchons un traducteur digne de sa profession. » Faites appel à de vrais traducteurs, capables de discerner entre ce qui est juste et ce qui est horriblement faux. Alors, pour ne pas vous retrouver avec une traduction mutante, « rendez aux traducteurs ce qui est aux traducteurs ! »

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Mosaïk : l’étoile émerge de la toile numérique

Notre blog vient de fêter ses 3 ans et il a désormais, à son actif, 100 billets publiés. Voilà donc deux événements qui me poussent à rédiger le billet ci-dessous. Ces événements reflètent le succès de notre blog-vedette qui émerge telle une étoile de l’océan non pas cosmique, mais numérique.

Selon la science de la symbolique des chiffres, 100 égale 1. Il suffit juste d’additionner les chiffres d’un nombre pour enfin aboutir à un seul chiffre. Et à chaque chiffre sa signification. Voilà pourquoi le 100 équivaut à 1.

Cent billets équivalent donc à une singularité. Singularité, d’emblée, au sens littéraire : Mosaïk, comme la plupart des blogs, partage des billets autour d’un thème précis. La singularité de Mosaïk ? Elle se manifeste sans doute par le travail passionnant qui dépasse le cadre universitaire : nous écrivons les billets pour avoir de bonnes notes, certes, mais nous le faisons aussi par amour. Une note, une matière, c’est momentané, c’est délimité dans un cursus et dans la salle de cours. C’est limité dans espace et temps précis. Sauf que ces billets naissent d’une motivation qui dépasse l’espace universitaire pour toucher à un espace plus vaste, sans limites, et infini. Autrement dit, nos billets sont le fruit d’un travail de jouissance. Nous ne faisons ni des comptes d’épicier ni d’échange commercial. Nous donnons et créons ces billets par amour de l’écriture. Et car nous aimons aussi réfléchir sur la discipline de la traduction et des langues qui est non seulement une formation universitaire et un métier mais aussi un art inépuisable. Par conséquent, notre rapport à la traduction demeure non seulement cérébral et scientifique, mais aussi affectif et artistique.

Même dans une mosaïque cosmologique, il y a des étoiles qui brillent plus que d’autres…

Même dans une mosaïque cosmologique, il y a des étoiles qui brillent plus que d’autres…

Revenons à la singularité[1] de Mosaïk, mais cette fois-ci au sens astrophysique du terme, où toutes les forces, les énergies et le travail s’accumulent et se densifient en un noyau qui éclate en créant un univers de mots, pour créer des dizaines de billets, et pour créer enfin un espace étoilé qui doit briller et illuminer le trajet des esprits flottants, amateurs soient-ils ou professionnels, de traduction.

À la fin, le « nous » que nous utilisons ne reflète pas le narcissisme et les prétentions intellectuelles – loin de là ! Il s’agit seulement du « nous » de la collectivité et de l’union qui cherchent toujours le fin du fin, l’UN et la singularité essentielle de la traduction.

[1] En astrophysique, la singularité désigne le noyau essentiel qui se trouve au cœur d’un trou noir. Elle permet à ce dernier de grandir. Et le trou noir, à son tour, s’explose en donnant naissance soit à une infinité d’étoiles soit à un système cosmique tel que l’univers.

L’infidélité conjugale face à l’infidélité traductionnelle

Leur père à une nuance près !

Leur père à une nuance près !

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, « adulte » n’a rien à voir avec « adultère », tout comme « hypertraduction » et « mot à mot » n’ont rien à voir avec une « bonne  traduction ».

Rien n’empoisonne les relations conjugales plus que la monotonie. Quand l’un des conjoints se trouve absorbé par sa vie professionnelle et accablé par les vicissitudes de la vie, il commence à négliger son couple et ses devoirs conjugaux. La morosité s’installe. La créativité part en fumée et l’originalité disparaît à tir d’ailes. En traduction, ce phénomène est flagrant. Il s’exprime par le mot à mot dégradant. Tout le monde est d’accord aujourd’hui pour condamner la traduction mot à mot : une traduction souvent incorrecte et presque toujours plate, une traduction qui trahit aussi sûrement le texte que les infidélités les plus désinvoltes.

Quand la vie devient morose, l’infidélité est au rendez-vous. L’infidélité s’installe quand un homme délaisse sa femme et commence à fantasmer en recherchant d’autres déesses. Une à une, les infidélités commencent à s’accumuler. Le conjoint infidèle s’adonne aux aventures extraconjugales avec une constance forcenée, nonobstant la morale qui blâme tant l’infidélité que la culpabilité qui succède aux écarts conjugaux. Après le mot à mot intolérable, on finit par constater les méfaits de l’excès opposé : la terreur du mot à mot, l’hypertraduction. Quand l’expression calque exactement le texte source, le traducteur insatisfait préfèrera l’expression dont la forme est la plus éloignée du texte cible.

Une bonne traduction est égale à une bonne vie de couple entre le traducteur et le texte, loin du mot à mot et de l’hypertraduction. Si l’on désire sauver son couple, la manière la plus adéquate de traduire est celle de conserver la couleur du style de l’auteur qu’on traduit. On peut joindre l’élégance à la fidélité la plus scrupuleuse, conserver une allure libre et dégagée sans néanmoins s’écarter du texte. C’est ainsi que les meilleures traductions puisent incontestablement leur mérite dans une scrupuleuse fidélité.

Quoi qu’il en soit, que ce soit dans un couple ou dans une traduction, l’amour est primordial et c’est dans ce sens que l’on peut dire que « où il y a de l’amour, il y a de la fidélité » (proverbe danois).