Tous les chemins mènent à la traduction…


Il y a certainement plein de moyens pour devenir un traducteur renommé. Le parcours d’Arthur Goldhammer vous étonnera. Détenteur d’un doctorat en mathématiques du Massachussetts Institute of Technology (MIT) et n’ayant pas étudié le français dans le cadre d’un apprentissage formel, il a pourtant traduit vers l’anglais plus de 125 ouvrages sur l’histoire et la politique françaises ainsi que des textes classiques d’Albert Camus et d’Alexis de Tocqueville. Dans cette entrevue, Arthur Goldhammer décrit son parcours atypique sur le site d’information officiel de l’université de Harvard, The Harvard Gazette.             

GAZETTE : Vous avez obtenu un doctorat en mathématiques du  Massachusetts Institute of Technology (MIT) mais vous êtes aussi un grand traducteur de littérature française. Comment avez-vous réussi à concilier ces deux mondes si différents ?   

GOLDHAMMER : J’ai été admis au MIT comme étudiant boursier. Bien que les mathématiques et les sciences soient mon point fort, j’étais toujours intéressé par la littérature. J’ai appris la langue française à partir de la classe de quatrième et j’ai été très influencé par les grands romanciers français, de Stendhal à Proust. Cela m’a encouragé à lire en français, langue que je n’ai pas acquise dans le cadre d’un apprentissage formel. Pendant l’été de 1968, j’ai visité la France pour la première fois. 

Au moment de mon engagement dans l’armée, j’ai été sélectionné pour apprendre le vietnamien car j’ai obtenu de très bons résultats au test de français. Le fait de savoir jouer d’un instrument de musique a aussi joué en ma faveur car le vietnamien est une langue tonale que j’ai fini par parler assez couramment. Par la suite, j’ai été envoyé au Vietnam dans le cadre d’une mission de renseignement militaire.

GAZETTE : Quelles sont les circonstances qui vous ont amené dans le monde de la traduction ?  

GOLDHAMMER : Mon passage dans l’armée a changé toutes mes priorités. Étant tombé amoureux de Paris, j’ai décidé de passer plus de temps en France. À cette époque, je désirais aussi me lancer dans l’écriture de romans de fiction et suivre des cours d’histoire pour mieux comprendre les raisons de l’implication des États-Unis au Vietnam.  Pour réaliser ces deux rêves, j’ai décidé de me consacrer pendant deux ans à l’enseignement des maths comme professeur assistant à l’université Brandeis. Grâce à mes économies, j’ai réussi à financer un séjour d’un an en France.

C’est à Paris que j’ai publié ma première traduction car mon ami a convaincu Michel Crozier, un sociologue français, dont il était l’assistant, de me confier la traduction en anglais de son livre. Cela a ouvert la voie à des projets de traduction avec les Presses de l’Université de Chicago (University of Chicago Press) qui ont décidé de me solliciter, à titre d’essai, pour la traduction de deux ouvrages.   

Un traducteur pigiste a du mal à se faire un nom et à se voir confier des projets en continu mais j’ai relevé ce défi. Au bout de  cinq années, j’ai réussi à m’établir une bonne réputation. Je recevais des projets d’autres maisons d’édition, comme les Presses universitaires de Harvard (Harvard University Press) qui fut ma principale source de revenu après les Presses de l’Université de Chicago, et ce, pour de nombreuses années.    

GAZETTE : Qu’est-ce qui vous a attiré vers la traduction, c’est-à dire accomplir cette tâche si difficile d’écrire sans en savourer la gloire ?

GOLDHAMMER : Je rêvais, tout d’abord, de devenir écrivain, La traduction m’a permis de joindre l’utile à l’agréable. Ainsi, pendant des années, j’écrivais le matin et traduisais l’après-midi.  J’ai consacré beaucoup de temps à l’écriture de mon premier roman qui, d’ailleurs, n’a pas remporté de succès. Alors j’ai continué de travailler sur des projets de traduction sans pour autant abandonner l’écriture des romans de fiction. J’ai excellé en tant que traducteur mais pas en tant qu’écrivain. J’aurais sûrement pu exercer d’autres professions qui me rapporteraient plus et me procureraient de la gloire mais je prends du plaisir à traduire. De plus, chaque œuvre que j’ai traduite, m’a permis d’aborder plusieurs sujets intéressants. C’est en traduction que j’ai trouvé ma « raison d’être ».

GAZETTE : Comment choisissez-vous vos projets de traduction ? 
 

GOLDHAMMER : Cela dépend de l’auteur et du sujet. Parfois, vous n’obtenez pas le manuscrit complet à l’avance, mais une partie à lire et à juger. Cependant, cela ne veut pas dire que je n’ai traduit que des livres que j’ai appréciés et validés. 

Il m’est arrivé, quand j’ai acquis une bonne réputation et élargi mon cercle de connaissances en France, d’exiger de rencontrer l’auteur avant d’accepter de traduire son livre. Ce fut le cas avec Thomas Piketty avec qui j’entretiens une excellente relation. Il a d’ailleurs accordé du mérite à ma traduction qui a valu à son livre un succès international. Bien que le livre soit bien vendu en France, la traduction anglaise en a fait un best-seller.

GAZETTE : Quelle est votre méthode de travail ? Est- ce que vous impliquez l’auteur en traduisant ou vous vous en éloignez autant que possible ?   

GOLDHAMMER : Les auteurs sont souvent inquiets de faire traduire leurs œuvres, surtout s’ils ne parlent pas couramment la langue cible. Il faut toujours les rassurer en les impliquant dans le processus de traduction. Généralement, je traduis un seul chapitre et je l’envoie à l’auteur, s’il le désire. Quand l’auteur a des remarques, nous les discutons ensemble. En principe, je me mets tout de suite à traduire dès que je reçois le livre. Parfois, je le lis en entier avant de le traduire. C’est toujours les deux premiers chapitres qui demandent le plus de révisions parce qu’il faut du temps pour se familiariser avec le style de chaque auteur.   

GAZETTE : Quel est votre principal objectif ? Est-ce de rendre la voix de l’auteur ou bien de transmettre un texte clair au public anglophone ? Le français et l’anglais sont tellement différents aux niveaux de la structure et de la culture.

GOLDHAMMER : La clarté est nécessaire mais ce qui compte le plus c’est la musicalité propre à chaque écriture. Il faut bien saisir les notes de l’auteur, parce que chaque auteur a une voix différente, un ton différent, et il faut arriver autant que possible à rendre cette voix.  

L’essentiel est de maintenir le rythme de la prose. En fait, je ne peux pas traduire en écoutant de la musique. Il y a une particularité musicale dans la prose. Je l’entends dans ma tête en lisant et je n’aime pas qu’une musique, aussi bonne soit-elle, perturbe cette voix intérieure.

GAZETTE : Feu Gregory Rabassa, le fameux traducteur de Gabriel Garcia Márquez, Julio Cortázar et beaucoup d’autres, ont décrit le métier de traducteur comme le fait de vivre dans le monde de l’auteur et du lecteur à la fois. Quel est, d’après vous, le secret d’une bonne traduction ?     
  

GOLDHAMMER : Premièrement, le critère le plus important est de conserver la musique du texte original. Deuxièmement, et ceci s’applique surtout à la traduction des œuvres de non-fiction, il faut transmettre les idées du texte avec le maximum de clarté possible. Troisièmement, il ne faut pas altérer la manière avec laquelle l’auteur choisit de se représenter. En transmettant fidèlement la voix de l’auteur et sa manière de se représenter, le traducteur accomplit sa mission de représenter l’auteur fidèlement. 

GAZETTE : Les auteurs et les rédacteurs pigistes sont généralement payés par mot ou par projet. Est-ce le cas pour les traducteurs ?  

GOLDHAMMER : J’ai été payé par mot tout au long de ma carrière.  J’ai reçu des redevances de droit d’auteur en plus pour quelques livres. Malheureusement, ce n’était pas le cas pour le premier livre de Piketty. Normalement, lorsque vous obtenez ces redevances, vous percevez moins d’à-valoir. Il est donc risqué de percevoir des redevances surtout pour la traduction de livres de non-fiction.

GAZETTE : Vous avez achevé la traduction de votre dernier ouvrage, quels sont vos futurs projets ? 

GOLDHAMMER : Je me consacre actuellement à plein temps à l’écriture des romans de fiction. Mon nouveau roman historique, dont l’action a lieu dans les années 30 et 40, a pour héros deux physiciens. Il s’agit d’un roman explosif qui met en jeu un triangle amoureux et une bombe atomique. C’est un moyen comme un autre pour que je renoue avec la physique et les mathématiques.  Puisque je suis désormais à la retraite et à cause de la pandémie de la Covid-19, je devrais avoir le temps nécessaire pour mener à terme ce projet d’autant plus qu’environ un tiers du travail est déjà accompli.

Ce mathématicien qui a choisi de plein gré une carrière de traducteur, et qui l’a réussie, pourrait-il servir d’exemple pour prouver que les “scientifiques” doués en langues réussissent mieux en traduction ?

 Référence : Pazzanese, C. (September 3, 2020). In translation, he found his raison d’être. Harvard Gazette. https://news.harvard.edu/gazette/story/2020/09/arthur-goldhammer-on-the-art-of-translation/ 


À vos ordres, Monsieur !

mox.ingenierotraductor.com

Un client confie une traduction à un traducteur et lui prodigue des conseils…

Client : Pouvez-vous traduire un document Word ?

Traducteur : Oui, je suis capable de le faire.

Client : Ne traduisez ni les chiffres ni les noms propres.

Traducteur : Entendu.

Client : Je vous conseille d’avoir recours au correcteur d’orthographe à la fin.

Traducteur : Je suis très reconnaissant pour votre aide.

Les pièges de la traduction en Inde

« Les traducteurs sont des dilettantes qui écrivent comme des bouchers ou des bouchers qui trempent leur plume dans de l’eau de Cologne », aurait dit Jean-Paul Sartre d’après la traduction faite par The Economic Times, principal quotidien économique indien écrit en anglais.

Une opinion que ne partage pas le ministère indien des Affaires étrangères qui incite ses fonctionnaires à perfectionner leurs compétences en interprétation simultanée.

La raison est évidente : durant leurs tournées à l’étranger, le Premier ministre, Narenda Modi, et le chef de la diplomatie indienne, Sushma Swaraj, préfèrent parler le rashtra bhasha (ce qui signifie « langue nationale ») plutôt que l’anglais qui est considéré comme la lingua franca de la diplomatie.

Pour ne pas donner à leurs hôtes l’impression de parler chinois quand ils abordent des sujets sérieux, Messieurs Modi et Sushma ont veillé à ce que les fonctionnaires du ministère indien des Affaires étrangères suivent des cours intensifs en langues étrangères, dont le russe, le français, l’arabe, l’espagnol et le mandarin.

« À Rome, parle comme les Romains » est certes un conseil judicieux. Toutefois, l’interprétation est une opération délicate. C’est le constat qu’a tiré le présentateur sur la chaîne de télévision locale qui a confondu le nom « Xi » du président chinois avec le chiffre romain XI et a ainsi affublé le dirigeant chinois du nom de « Eleven Jinping » (Onze Jinping).

Le pire est à craindre lorsqu’un traducteur, aussi compétent soit-il, sera appelé à traduire le charabia du Premier ministre indien connu pour son penchant prononcé pour les allitérations et les acronymes….

 

ET Bureau. India shouldn’t get lost in translation, in The Economic Times, https://economictimes.indiatimes.com/magazines/panache/india-shouldnt-get-lost-in-translation/articleshow/65521160.cms?utm_source=contentofinterest&utm_medium=text&utm_campaign=cppst, August 23, 2018.

 

Hommes d’affaires, aimez vos traducteurs !

Tout homme d’affaires international sait que, pour être traducteur, il ne suffit pas de parler plusieurs langues. Pour rendre hommage à l’inestimable contribution des traducteurs au développement de fructueuses relations internationales, voici cinq raisons qui encourageront les professionnels du monde des affaires à recourir à un traducteur humain afin de réussir leurs projets à l’international.

1-    Faire le bon choix : traducteur ou interprète : Cette distinction entre le traducteur qui traduit des documents écrits et l’interprète qui interprète un échange verbal est importante pour que vous soyez en position de force en cas de négociations et que vous puissiez favoriser la compréhension mutuelle entre les deux parties.

2-    Décrypter les nuances subtiles propres à chaque langue : Les traducteurs professionnels peuvent vous aider à adapter votre discours à votre audience de par leur connaissance approfondie du rapport entre la langue, d’une part,  et les valeurs culturelles, les croyances et les composantes sociales, d’autre part.

3-    Prévenir les catastrophes : Une mauvaise traduction peut ruiner tout projet d’envergure mondiale. Dans le domaine médical, par exemple, une erreur de traduction peut avoir des conséquences dévastatrices pour les patients. La précision et le souci du détail sont des compétences de base de tout traducteur qui sera capable – s’il est digne de confiance  – de traiter chaque petite nuance grâce à sa finesse et à son savoir-faire.

4-    Traiter avec son partenaire sur un même pied d’égalité : Pour ne pas compromettre la conclusion d’un accord commercial à cause de l’incertitude et de la confusion que vous ressentez lors de la lecture des documents dans une langue que vous ne maîtrisez pas, ayez recours à un traducteur. Ce dernier favorisera l’établissement d’un rapport d’égal à égal afin d’éviter les messages confus et les signaux discordants qui risquent de créer un climat de méfiance et d’hésitation et partant des relations tendues entre les différentes parties.

5-    Construire la confiance : Le recrutement d’un traducteur professionnel est une preuve de bonne volonté et démontre l’engagement vis-à-vis du partenaire à une relation réussie fondée sur une confiance mutuelle. En effet, le traducteur vous aidera à éclaircir les objectifs ainsi que les programmes et les détails techniques afin de consolider la communication et d’assurer l’avancement des projets.

Quand on se lance dans un projet international, il faut du temps, de la compétence interculturelle et de l’engagement pour franchir la barrière linguistique. Afin de garantir que rien n’est perdu ou non-dit lors de la traduction, n’hésitez pas à embaucher un traducteur professionnel pour assurer un échange interculturel réussi.

 

Schweitzer, Sharon, Love Your Translator: How Translation Can Boost Your Business. https://www.huffingtonpost.com/entry/love-your-translator-how-translation-can-boost-your_us_59ce6d7ee4b0f3c468060e28, 29 September 2017.

Quand les alertes d’ouragan sombrent dans la traduction…

En l’absence de traduction, la vie des Floridiens, qui ne maîtrisent pas l’anglais, a été mise en péril lors du récent passage dévastateur de l’ouragan Irma.

Aussi étonnant que ceci puisse paraître, l’anglais n’est pas parlé par 72,8% des habitants de la Floride dont 64% parlent l’espagnol, c’est ce qu’a révélé une enquête récente menée par l’« American Community Survey » (enquête communautaire américaine du Bureau du recensement des États-Unis)

La traduction devient donc indispensable pour transmettre des informations vitales en situation de catastrophe naturelle notamment pour les organismes de premier secours qui fonctionnent en anglais.

Ainsi, 200 traducteurs professionnels volontaires de l’Association Translators Without Borders (Traducteurs Sans Frontières), une ONG internationale siégeant à Danbury dans le Connecticut,  ont été mobilisés  pour traduire rapidement les messages transmis en anglais via Facebook et Twitter vers l’espagnol, le créole haïtien, le français et le portugais.

Cependant, 6 à 10 % des traducteurs et interprètes aux Etats-Unis vivent sur la trajectoire d’Irma et en ont été sévèrement affectés.

À défaut de traducteurs humains, les mémoires de traduction ont dû intervenir. Ces bases de données constituées de phrases traduites précédemment en situation de catastrophes naturelles par « Translators Without Borders » et partagées avec la Fédération Internationale de la Croix Rouge ont servi pour couvrir les situations récurrentes.

Néanmoins, la non traduction des informations spécifiques, comme savoir où aller, quand, et comment, a entraîné la mort des personnes sinistrées. Ainsi, même si le site Web de la division de Floride de gestion des urgences (FloridaDisaster.org) diffuse des mises à jour des conditions météorologiques en anglais, français, espagnol et allemand, la liste des refuges disponibles n’était disponible qu’en anglais. De plus, les versions traduites du site sont truffées de liens brisés. Et pour cause : la balise IFrame utilisée est incompatible avec le programme de traduction automatique Systran qui n’arrive pas à y identifier les mots.

En definitive, qu’elle soit humaine ou automatique, la traduction n’a pas réussi à transmettre à 100% les alertes aux victimes. Une bien triste situation paradoxale : les catastrophes sont par définition naturelles, autrement dit incontrôlables, alors que ce qui ne l’est pas est l’augmentation du nombre de victimes par manque de traduction…

Terena Bell, When Hurricane Warnings Are Lost in Translation, in The Atlantic, https://www.theatlantic.com/science/archive/2017/09/irma-prep-without-english/539277/, 8 September 2017.