Traduisons pour lutter contre l’Ebola….

Ignorer une maladie comme Ebola est aussi dangereux que d’entrer en contact avec une personne infectée. Cette ignorance est due au fait que les informations sur les moyens de prévention ne sont pas disponibles dans les langues comprises par les personnes à risque. C’est pour cela que l’Association Traducteurs sans frontières a décidé d’agir.

Et pour cause. Il existe bel et bien un moyen relativement peu onéreux et à faible technicité pour endiguer cette épidémie, un moyen que l’on n’évoque guère : la traduction.

C’est, en effet,  la barrière linguistique qui empêche les personnes à risque d’accéder à l’information. En Sierra Leone, un tiers des personnes à risque ignorent la cause de la maladie alors que les deux tiers ignorent les moyens de prévention car seule la minorité éduquée parle l’anglais. De même au Libéria, 20% de la population seulement est anglophone. Cependant, toute la documentation destinée à la sensibilisation des populations est en anglais.

Traduire dans une langue adaptée à la culture des destinataires instaure la confiance, condition nécessaire pour changer ses habitudes. S’adresser à une personne dans une langue qu’elle ne comprend pas n’est pas le meilleur moyen pour la convaincre d’apporter des changements substantiels à ses coutumes et pratiques. Et c’est justement ce qui est demandé aux populations touchées par cette épidémie.

Si la traduction permet de surmonter cette barrière linguistique, elle n’est pas facile à réaliser. Traduire et imprimer la documentation dans un continent où l’on recense plus de 2 000 langues parlées est une entreprise onéreuse. Cependant, traduire dans un nombre réduit de langues régionales peut suffire. Par exemple, 522 langues sont parlées au Nigéria mais trois langues seulement – le hausa, le yoruba et l’igbo – pourraient couvrir 65% de la population. De même, le problème de coût ne se pose plus quand Internet entre en jeu. Le téléphone portable est accessible à plus de 65% de la population en Afrique voire aux plus démunis.  C’est pour cette raison que l’Association Traducteurs sans frontières ne s’est pas contentée de traduire la documentation  dans les principales langues locales mais elle a aussi traduit les informations accessibles en ligne sur les téléphones portables via Wikipedia.

Traduire ou ne pas traduire, telle n’est pas la question. Une chose est sûre pour prévenir une maladie comme Ebola : mieux vaut traduire que guérir.

 

Lori Thicke . « How translators can help stem the Ebola crisis », in http://www.newstatesman.com/health/2014/10/how-translators-can-help-stem-ebola-crisis, 14 October 2014.

 

 

L’arabe au Liban : du léger à l’allégé

41 000 sur 61 000 élèves ont échoué l’épreuve d’arabe au brevet libanais en 2013. Un tel nombre n’est pas choquant quand on sait que les élèves n’hésitent pas à dire à leurs profs : « Je ne sais pas comment dire ça en arabe ».

L’apprentissage et l’usage des langues étrangères sont fondamentaux pour les Libanais alors que l’arabe est devenu un « plus », une langue supplémentaire sans laquelle on peut facilement poursuivre et réussir ses études.

L'alternance codique(code-switching) à la libanaise Crédit image : http://goo.gl/jnwNv

L’alternance codique (code-switching) à la libanaise
Crédit image : http://goo.gl/jnwNv

 

Il est évident que la langue arabe n’est plus la langue en vogue. Les Libanais ont souvent recours à l’anglais et au français sur les réseaux sociaux, et même quand il s’agit d’utiliser l’arabe, ce sont les lettres latines et les chiffres que l’on préfère écrire car c’est plus facile.

Tout le monde fuit cette langue ; même les étudiants universitaires tendent à faire des projets et des études en français et en anglais vu que la plupart des références existent dans ces deux langues. Pourquoi alors se casser la tête et être, de plus, contraint à traduire les références vers l’arabe ?

L’arabe au Liban est une langue officielle et maternelle pour la plupart. Et pourtant, le fossé entre l’arabe et les autres langues est en train de s’approfondir. Est-ce la faute des écoles ? des programmes scolaires ? des élèves ? de l’entourage polyglotte ?

La crise de la langue arabe au Liban est due, selon Patrick Rizkallah, professeur d’arabe et journaliste libanais, à maintes raisons :

  • La perception que certaines classes sociales ont des langues étrangères considérées comme un moyen de prouver sa supériorité sociale et de se distinguer dans la société ;
  • Les outils de la mondialisation tels que les réseaux sociaux qui imposent l’usage de l’anglais comme moyen de communication universel et facile à comprendre ;
  • L’anglais qui est devenu la langue requise dans la plupart des domaines sur le marché de l’emploi ;
  • L’allègement des cours d’arabe dans certaines écoles qui accordent la priorité aux autres langues ;
  • Le manque d’intérêt à l’égard de toute actualisation des méthodes d’apprentissage et des contenus pour les matières comme l’arabe, l’histoire, la philosophie et la géographie.

Par conséquent, pour rendre à la langue arabe son statut de langue de communication, une solution s’impose, d’après lui : améliorer les conditions d’apprentissage et les contenus et avoir recours aux méthodes audio-visuelles.

Comme les civilisations, toute langue connaît son apogée et sa chute. Il est temps de remettre la langue arabe au goût du jour. Car une langue qui ne s’alimente pas de son « aujourd’hui », restera toujours une langue d’antan.

أبو غزاله، فيرونيك.  » لبنان: فجوة خطيرة مع اللغات الأجنبية »، في جريدة الحياة، http://alhayat.com/Articles/688325/لبنان–فجوة-خطيرة-مع-اللغات-الأجنبية،١٩ فبراير/ شباط ٢٠١٤

L’arabe en Jordanie : Une honte, voire une disgrâce !

À Amman-Ouest, les scolarités des écoles internationales atteignent les 40 000$ par an pour perfectionner l’anglais aux dépens de la langue arabe.

 Les écoliers d’Amman n’ont aucun lien avec leur pays. Et puisque la culture suit la langue,  la tenue et la coiffure sont devenues largement importées de l’étranger. Quant à l’arabe, il prend le devant dans les écoles publiques où l’anglais est à peine enseigné par des profs incompétents.

Si vous vous demandez comment les jeunes communiquent, vous n’allez pas êtres trop choqués : comme au Liban, les jeunes Jordaniens ont un bagage lexical pauvre en arabe. Ils utilisent donc l’arabizi, un argot hybride qui mêle un dialecte arabe à l’anglais tout en utilisant les lettres latines et en ayant recours aux chiffres pour remplacer des phonèmes qui n’existent pas en anglais.

Les multiples façons de dire "Je ne veux pas" en arabe !

Les multiples façons de dire « Je ne veux pas » en arabe !

Le certificat de fin d’études secondaires générales qui est l’équivalent du baccalauréat au Liban n’intéresse pas les jeunes qui sont trop occupés à préparer et à réussir les épreuves du SAT américain et du IGSCE anglais. Quant aux universités du pays, elles ne font pas partie de leur futur planning qui comportera sûrement des projets d’études à l’étranger.

Ayant vécu la disgrâce de la langue arabe, la mère d’un étudiant raconte avoir choisi de telles écoles internationales pour ses enfants car elle a vécu l’inverse. Elle  parle très bien l’arabe et voilà son malheur : elle a un faible niveau en anglais et lorsqu’elle a postulé à un emploi, les entreprises était déçues par sa faiblesse linguistique en anglais. Résultat : elle n’est pas embauchée. Elle a accepté alors un travail dont le salaire couvrait à peine les frais du transport et des pauses-café. Enfin, cette mère a pu sortir de sa misère par un coup de chance en se mariant à un riche médecin. « Je ne veux pas que mes enfants affrontent le chômage ou la misère à cause d’une langue » dit-elle.

Par ailleurs, une autre mère considère l’anglais comme la langue du siècle. Il s’agit d’une langue qui reflète le luxe et le raffinement : « Pourquoi se casser la tête pour apprendre l’arabe, une langue qui ne servira plus à rien ? ». Mais cette mère n’a pas complètement abandonné la langue arabe qu’elle essaye toujours de transmettre à ses enfants à travers le Coran qui, selon elle, est le meilleur moyen pour apprendre l’arabe et les valeurs morales.

Peu importe si l’on ne parle pas l’arabe, l’important c’est de parler l’anglais car cette langue reflète le luxe, la richesse et la sophistication des gens ! Pourquoi se plaindre alors que les parents qui paient cher les scolarités de leurs enfants, sont satisfaits et contents, voire fiers.

En Jordanie, les parents donnent le feu vert aux jeunes pour abandonner l’arabe, une langue qui cède la place de plus en plus à l’anglais. En payant des frais très chers, viendra le jour où il serait possible de payer les pots cassés !

 

   الشوابكة ماهر، « طلاب في عمّان الغربية لا يجيدون الحديث بالعربية »، الأربعاء 19 فبراير/شباط 2014

http://alhayat.com/Articles/688465/طالب-في-عّمان-الغربية-ال-يجيدون-الحديث-بالعربية

 

 

L’arabe à Berlin : de la confusion à la rupture

Est-ce que les enfants arabes peuvent apprendre leur langue maternelle dans un pays alors que cette même langue n’est pratiquée ni à l’oral ni à l’écrit ?

Apprendre l’allemand aux enfants arabes n’est pas le seul souci des parents qui vivent en Allemagne. Ces derniers n’arrivent pas à proprement transmettre leur langue maternelle à leurs enfants. Par conséquent, les générations germano-arabes grandissent au sein d’un bilinguisme non-perfectionné, voire faible.

Le bilinguisme en général est perçu différemment par les théoriciens et les linguistes. Certains pensent qu’en enseignant deux langues à un enfant, il risquera de les perdre car les mots vont se mêler dans sa tête. Par contre, d’autres pensent que les enfants sont capables d’apprendre facilement deux ou plusieurs langues car, à leur âge, leur cerveau peut tout absorber sans rien confondre.

 Sur ce, de nombreux enseignants des petites sections en Allemagne ont demandé aux mamans arabes de transmettre leur langue à leurs enfants puisque l’enseignement de la langue allemande sera assuré à l’école.

Une enseignante ajoute que la langue allemande est déjà difficile à apprendre. Les enfants arabes sont alors victimes de la confusion linguistique et ils n’arrivent plus à bien prononcer ni les lettres allemandes ni les lettres arabes. La seule solution consistera donc à apprendre ces deux langues séparément : l’une à la maison et l’autre à l’école.

 Quant aux parents, ils n’arrivent plus à comprendre la langue de leurs enfants : certains enfants mêlent les deux langues pour formuler une phrase moitié arabe moitié allemande alors que d’autres préfèrent s’exprimer en allemand vu que c’est la langue de leur entourage académique et amical. Ceux-ci comprennent leurs parents quand ils leurs parlent en arabe mais ils ne répondent qu’en allemand.

Certains parents trouvent que ce problème linguistique est dû au manque de spécialistes de la langue arabe orale et écrite : les enfants apprennent l’arabe dans les mosquées où ils s’entraînent uniquement à lire sans développer d’autres facultés telles que la formulation d’une phrase en arabe.

La confusion du bilinguisme et la faiblesse de l’arabe chez les enfants ont alors causé une rupture avec leurs parents et leurs patries…

D’une part, les parents trouvent que l’arabe n’est pas seulement une langue mais un héritage culturel. Perdre la communication en arabe implique alors la perte de la culture arabe.

D’autre part, les enfants arabes ne sont pas prêts à apprendre leur langue maternelle puisqu’elle ne leur servira à rien. Les arabes résidant en Allemagne ont essayé de pousser leurs enfants à parler l’arabe en se solidarisant et en les obligeant d’avoir pour amis d’autres enfants arabes. Mais, une fois grands, les enfants vont chercher leurs propres amis qui seront naturellement allemands et l’arabe, encore une fois, ne sera pas pratiqué.

La rupture des jeunes Arabes avec leur langue maternelle n’est peut-être pas involontaire. Un jeune Palestinien affirme que la langue arabe ne lui sert à rien et il ajoute : « La langue est une manière de penser et moi je pense en allemand car j’habite en Allemagne. Pourquoi nous déranger constamment par la langue arabe alors qu’elle ne nous est pas utile ? »

L’arabe en Allemagne est devenu rarement pratiqué et certains jeunes y ont recours juste pour hurler et crier quand ils sont en colère.

Les jeunes Arabes résidant en Allemagne ont abandonné leur langue maternelle pour des raisons logiques. Leur rapport avec cette langue est au départ confus puis la rupture a lieu : l’arabe est complètement abandonné. Il serait donc inutile d’obliger les jeunes à parler l’arabe car la langue est liée à l’intellect et à l’affect. Beaucoup d’orientalistes adorent la culture arabe. Par conséquent, ils apprennent à tout prix sa langue. En revanche, beaucoup d’Arabes ne savent conjuguer le verbe réfléchir et le verbe aimer qu’en allemand. Laissons donc l’arabe à ceux qui désirent l’apprendre et arrêtons d’imposer des règles absurdes aux jeunes gens qui n’ont hérité de l’arabe que le prénom, peut-être…

 

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Merkel exhorte les migrants à apprendre l’allemand. Mission accomplie !

http://alhayat.com/Articles/688462/وهبي،  يارا. « أطفال لا يتكلمون لغتهم إلا حين يغضبون »،  اطفال-ال-يتكلّمون-لغتهم-ٕاال-حين-يغضبون  

الأربعاء 19 شباط/فبراير 2014

Le Petit Nicolas en arabe maghrébin.... sans commentaires

L’arabe en Tunisie : Une langue menacée !

Le Petit Nicolas en arabe maghrébin.... sans commentaires

Le Petit Nicolas en arabe maghrébin…. sans commentaires

Parlée par plus de 400 millions de personnes, la langue arabe est restée à l’abri de toute menace d’extinction, d’après le journaliste et écrivain tunisien, Chokri Bassoumi, car elle est la langue du Coran que des milliards de musulmans cherchent à apprendre. Cependant, nulle autre langue n’a subi autant d’attaques extérieures et intérieures comme les appels à la remplacer par les dialectes ou les tentatives visant à la supplanter en accordant la priorité aux langues étrangères, en l’occurence le français. «Il est étrange que la France qui considère que sa langue est une question de vie et de mort prône le plurilinguisme dans ses anciennes colonies», estime-t-il.

Cependant, multiples sont les raisons qui ont abouti à la régression de la langue arabe en Tunisie dont les réformes du système éducatif qui ont supprimé, entre autres, la branche littéraire du cycle secondaire. Donc, les élèves ne s’intéressent plus qu’aux matières scientifiques et, du coup, l’arabe devient le dernier de leurs soucis.

La situation a atteint un degré de gravité tel qu’il a poussé Abdelaziz Othmane Touijri, directeur général de l’Organisation islamique pour l’éducation, les sciences et la culture (ISESCO), à tirer la sonnette d’alarme lors du Forum mondial au service de la langue arabe.
«Le présent et l’avenir de la langue arabe sont menacés à cause des politiques hostiles qui servent des intérêts extérieurs, et ce, malgré l’expansion sans précédent de cette langue», a-t-il estimé tout en affirmant que «la langue arabe est une affaire stratégique qui ne concerne pas seulement la sécurité culturelle et civilisationnelle de la Nation mais aussi la souveraineté, la sécurité et la stabilité des pays arabes et islamiques».

صالح سويسي. « تونس : تدنٍ متواصل وهجمة شرسة من العامية والهجينة »، في جريدة الحياة، 19 فبراير/شباط 2014

http://alhayat.com/Articles/ تونس— تدن-متواصل-وهجمة-شرسة- من-العامية-والهجينة/ 688