Quand la tradaptation échappe aux traducteurs…

Toute réécriture est une transposition, considère le célèbre critique et théoricien littéraire Gérard Genette : on transpose et on transforme le texte en changeant son contexte (historique ou géographique), son angle de vue, ses personnages, son intrigue etc. La traduction est aussi une forme de transposition puisqu’elle consiste à modifier le texte en le transposant d’une langue à une autre. Mais selon Genette, la traduction est aussi « la forme la plus voyante et la plus répandue » de la transposition, donc la forme la plus répandue de la réécriture.

Et c’est bien normal que la traduction soit la plus répandue parmi les réécritures puisqu’avant de modifier le texte, l’écrivain doit le comprendre. Cependant, nous remarquons que même l’acte de traduire est parfois pris en charge par des écrivains qui arrivent à traduire brillamment certaines œuvres comme dans le cas de Baudelaire qui a magnifiquement traduit Edgar Allan Poe.

Par exemple, au Liban, certaines œuvres ont été traduites, modifiées, adaptées à la culture libanaise et représentées par la même personne: la célèbre pièce de théâtre de George Bernard Shaw et qui s’intitule My Fair Lady – qui est d’ailleurs une réécriture du mythe de Pygmalion – a été traduite et adaptée à la libanaise par le dramaturge libanais Roméo Lahoud. Ainsi, My Fair Lady devient Bent El Jabal (la fille campagnarde) : la langue change de l’anglais au libanais, les personnages et les régions changent de nom, mais l’intrigue demeure la même.

Ceci est aussi le cas du célèbre dramaturge, acteur et metteur en scène libanais Antoine Moultaka qui a été l’un des premiers à introduire le théâtre au Liban et dans le monde arabe. Il a fidèlement traduit et représenté de nombreuses pièces connues comme Caligula de Camus Macbeth et Hamlet de Shakespeare, la Résistible Ascension d’Arturo Ui de Brecht, etc. À part la langue, il a aussi modifié le mode de représentation de Dix petits nègres (de son titre original And Then There Were None) d’Agatha Christie en transposant le roman policier anglais en l’un des meilleurs feuilletons classiques libanais. Les Chaises de Ionesco et En attendant Godot de Beckett ont été aussi traduites et représentées sur scène grâce au dramaturge et metteur en scène Roger Assaf.

Grâce à ses œuvres traduites, le spectateur non seulement assiste à des pièces de théâtre, mais il devient immédiatement exposé à la culture et aux messages de la traduction directe qui sort des livres pour se manifester sur scène.

La traduction adaptée ou la réécriture peut être donc confiée au dramaturge, au metteur en scène, au poète ou à l’écrivain, sauf si ce dernier désire ajouter ses propres visions et adaptations au texte. Sinon, il vaut mieux laisser la traduction aux traducteurs.

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Dix petits nègres est une transposition libanaise qui a modifié à la fois la représentation et la langue

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Palestine : La « Plateforme de l’innovation » au service des jeunes talents

Face aux traditions qui monopolisent le paysage culturel en Palestine, des jeunes se révoltent à leur manière et créent une plateforme d’échange. Cette initiative vise à mettre en valeur les jeunes talents dans différents domaines dont la littérature, la poésie, le théâtre, et l’art…

Repoussés et marginalisés, de nouveaux talents palestiniens trouvent dans la « Plateforme de l’innovation » (بسطة الإبداع) un moyen de s’exprimer et de montrer leurs aptitudes. Le nom de cette plateforme en arabe (basta) rappelle les étalages en bois sur lesquels les camelots (marchands ambulants) exposent leur marchandise. Non, ce n’est pas une coïncidence. Ce nom illustre la facilité de l’échange culturel sur cette plateforme et de la mise à jour de son contenu.

La Plateforme voit le jour suite à des discussions sur le réseau social Facebook entre quelques jeunes qui lancent une initiative visant à mettre en valeur les jeunes talents marginalisés. Ils organisent alors une pièce de théâtre à Ramallah le 17 avril 2010 ciblant les jeunes intéressés par la culture. Suite au vif succès de cette première tentative, la « Plateforme de la poésie », consacrée aux talents poétiques de différents styles, voit le jour. Une troisième étape s’ensuit : la « Plateforme de couleurs » qui fait appel aux talents artistiques. Finalement, le projet « Visions » est lancé et  vise à dévoiler les jeunes talents dans les écoles.

 

La "Plateforme de l'innovation" prend vite du succès.  Crédit photo: http://www.alapn.com/ar/news.php?cat=2&id=14358

La « Plateforme de l’innovation » remporte un vif succès.
Crédit image : http://www.alapn.com/ar/news.php?cat=2&id=14358

Ouverte à tous, la « Plateforme » ne juge les personnes que d’après leurs talents. « Même les handicapés jouissant de talents exceptionnels y sont les bienvenus », déclare fièrement la personne en charge du projet, Mohamed Radi Ata.

Cette initiative vient adoucir les mœurs dans une région marquée par les conflits et les guerres. Elle permet aux jeunes Arabes de s’exprimer en beauté et d’oublier le climat de violence dans lequel ils vivent.

بديعة زيدان، « «بسطة إبداع» تدعم مواهب فلسطينية مهمشة » »، في جريدة الحياة،  ، 5 كانون الثاني 2014

http://alhayat.com/Details/589645