Irak : Un bus électronique pour apprendre à bloguer

Avez-vous jamais souhaité avoir accès à des cours « ambulants » et gratuits ? Vous n’êtes pas en train de rêver ! Un couple irakien a lancé l’idée du bus électronique qui circulera dans les rues de Bagdad pour initier les jeunes au blogging et au mode d’utilisation d’internet.

Dina Najem et son mari ont trouvé dans Internet un autre point commun entre eux à côté de l’amour : ce couple a lancé le projet du bus électronique et a réussi à convaincre le ministère de la Culture de leur offrir gratuitement le bus en collaboration avec le ministère du Transport. Quant à l’essence nécessaire pour que le bus puisse effectuer sa tournée, il sera assuré par les cotisations des jeunes bénévoles, amateurs ou professionnels, qui participent au projet car ils sont passionnés d’internet et du blogging.

« On va décorer le bus pour qu’il soit facilement identifié comme le bus du blogging et de l’internet quand il passe dans les rues de Bagdad», confie Dina.

La réalisation du projet aujourd’hui a encore besoin d’un peu de patience, mais malgré cela, les jeunes espèrent pouvoir lancer leur projet avant la fin de l’année 2014.

« Toutes les présentations ainsi que les cours vont avoir lieu en plein air et pendant la tournée du bus qui va être équipé d’ordinateurs pour que les personnes présentes puissent mettre en application ce qu’ils apprennent », affirme Dina.

La réalisation de ce projet demeure tributaire de la capacité des autorités gouvernementales à tenir leurs promesses pour fournir le bus et les équipements nécessaires et permettre ainsi à ce projet éducatif original de voir le jour.

خلود العامري. «  شباب بغداد في انتظار الباص الالكتروني »، في جريدة الحياة، ، 5 كانون الثاني ٢٠١٤

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Arabie Saoudite : Une double personnalité pour fuir la réalité

Des pseudonymes, des masques, des identités fictives. Tels sont les paravents derrière lesquels se cachent les Saoudiens. Dans une société conservatrice, attachée aux traditions et coutumes, les jeunes trouvent un moyen pour exister, pour s’identifier et pour se révolter.

Dans un quartier populaire, une petite chambre sert de refuge au jeune Abdallah Al-Ali. Dans cet espace étroit s’est lancé « le révolté  contre l’enfer », c’est ainsi qu’il se nomme. À travers l’espace numérique et par l’intermédiaire de son identité virtuelle, ce révolté s’est dressé contre les traditions qui rongent la société saoudienne. De son cocon, ce jeune a eu la chance de s’exprimer en public et même de penser d’une manière non-conventionnelle.

« Ce que Platon n’a pas plus réalisé dans sa cité idéale, je l’ai réalisé grâce à cette identité virtuelle », pétend Abdallah. Cette identité virtuelle qui, à raison de l’isolation volontaire, a engendré un Abdallah différent qu’il préfère à sa vraie personnalité car cette identité numérique lui a servi de clé  pour ouvrir des portes que son identité réelle n’osait point frapper.

L’expérience d’Abdallah Al-Ali ressemble à celle de plusieurs jeunes Saoudiens. Toutefois, contrairement à Abdallah qui était fier de sa personnalité imaginaire, Sultan Al-Atibi a décidé de se détacher de ce monde fictif dans lequel il porte le nom du poète « Nemer Ben Adwan ». Son identité fictive l’ayant souvent mis dans l’embarras, il a coupé les ponts avec « ses amis de la toile », a laissé tomber son masque et a abandonné sa vie virtuelle pour enfin reprendre son cours de vie normal.

Comme le révolté et le poète, un grand nombre de jeunes ont recours à la toile numérique qui leur sert de cocon pour échapper à la réalité de la vie, changer les coutumes et évoluer. Ces jeunes aux masques imaginaires se cachent derrière des noms, des identités et des personnalités fictives. Ils se lancent dans un espace où ils peuvent s’exprimer en toute liberté. C’est ainsi que l’identité des Saoudiens égarés est menacée de schizophrénie.

سلطان بن بندر. « يستعيضون عن أسمائهم بـ »هويات الكترونية » … سعوديون يعيشون ازدواجية الخيال والواقع »، في جريدة الحياة، 5 كانون الثاني

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L’Égypte 2013 : début fanatique et fin dramatique !

La tragédie égyptienne a bien trouvé ses spectateurs-victimes en 2013. Après un Ier acte « fanatique », les Égyptiens ont connu un Vème acte dramatique sans que la tragédie ne prenne vraiment fin…

L’année 2013 s’est terminée en laissant des cicatrices surtout dans le cœur des jeunes : certains sont blessés moralement et d’autres physiquement. Certains sont fatigués à force de faire des révolutions et d’autres sont prêts à lever le drapeau dans la Place Tahrir encore une fois. Certains ont gardé leur sang froid sans recourir à la violence alors que d’autres ont tout mis à feu et à sang. Autrement dit, les cicatrices de l’an 2013 se manifestent par les oscillations et les chavirements d’un navire comportant une jeunesse égyptienne divisée.

Entre légitimité et Charia (loi islamique), l’avenir de l’Égypte est incertain. Quant aux jeunes, ils ont perdu la boussole. La révolution n’a pas pu atteindre ses buts et le nouveau régime corrompu et fanatique de Morsi était trop occupé à faire des changements d’un «autre genre». Et le peuple égyptien s’est retrouvé soumis encore une fois à un chef dictateur ; le voilà encore divisé mais cette fois-ci entre partisans de la longue barbe et partisans de la tenue militaire.

De plus, la division des jeunes n’est que l’un des conflits qui poussent côte à côte avec les fleurs du printemps arabe : la perception des jeunes de la violence et de la répression n’est plus unanime. Certains pensent que la répression sous toutes ses formes est inadmissible alors que d’autres la tolèrent puisque, à leurs yeux, un corps rompu, corrompu et contagieux doit être urgemment amputé de la société. La tolérance et la justification de la répression viennent suite aux événements que les Égyptiens ont récemment vécus tels que le fanatisme, l’ignorance et l’abus religieux.

En fin d’année, le cauchemar causé par les Frères musulmans est presque terminé quoique le grand cauchemar ne le soit pas ; le printemps égyptien n’a pas encore fleuri. Quant aux partisans des Frères musulmans, les partisans d’autrefois, ils ont été chassés de leur paradis sur terre, le gouvernement. Ces jeunes ne sont pas contents du nouveau gouvernement « illégal » qui les considère comme terroristes. Or, ils ne sont pas terroristes…quoiqu’ils continuent à faire des escarmouches, à provoquer la violence et à déranger les milieux académiques tout en revendiquant le retour de Morsi qui veut régner sur un peuple qui n’aime pas la liberté… la « liberté » telle qu’elle est perçue par les Frères musulmans !

Entre anti Frères musulmans et pro Frères musulmans, il existe une troisième catégorie de jeunes qui tournent la page sur une année 2013 marquée par les crises économiques, sociales et judiciaires et entament l’an 2014 avec l’espoir de trouver paix et tranquillité. L’an 2013 a connu non seulement des crises de toutes sortes, mais il a connu aussi une augmentation du taux de pauvreté qui a atteint les 26.3% de la population. Le taux du chômage a aussi augmenté pour toucher 13% d’Égyptiens dont la plupart sont des jeunes.

Voilà. Le bilan de l’année 2013 pour les jeunes est un bilan négatif. La jeunesse est désormais touchée par la scission. Chaque partie et chaque parti donnent à leur guise des définitions du printemps arabe : les fleurs de l’un sont les épines de l’autre et vice versa ! Tant que la jeunesse égyptienne en particulier, et la jeunesse arabe en général ne sont pas unifiées et tant qu’il y a toujours des « anti » et des « pro », nous allons toujours osciller entre un printemps et un anti-printemps…

 

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Pour l’application de la loi jusqu’à sa dérogation!

 

http://alhayat.com/Details/589644     .خيري، أمينة.  « جردة مصرية لعام 2013: بداية « إخوانية » و نهاية درامية « ، الأحد 5 كانون الثاني 2014

 

Crédit photo: https://www.facebook.com/pages/%D8%A8%D8%B3%D8%B7%D8%A9-%D8%A7%D8%A8%D8%AF%D8%A7%D8%B9/131519670229327?sk=photos_stream

Palestine : La « Plateforme de l’innovation » au service des jeunes talents

Face aux traditions qui monopolisent le paysage culturel en Palestine, des jeunes se révoltent à leur manière et créent une plateforme d’échange. Cette initiative vise à mettre en valeur les jeunes talents dans différents domaines dont la littérature, la poésie, le théâtre, et l’art…

Repoussés et marginalisés, de nouveaux talents palestiniens trouvent dans la « Plateforme de l’innovation » (بسطة الإبداع) un moyen de s’exprimer et de montrer leurs aptitudes. Le nom de cette plateforme en arabe (basta) rappelle les étalages en bois sur lesquels les camelots (marchands ambulants) exposent leur marchandise. Non, ce n’est pas une coïncidence. Ce nom illustre la facilité de l’échange culturel sur cette plateforme et de la mise à jour de son contenu.

La Plateforme voit le jour suite à des discussions sur le réseau social Facebook entre quelques jeunes qui lancent une initiative visant à mettre en valeur les jeunes talents marginalisés. Ils organisent alors une pièce de théâtre à Ramallah le 17 avril 2010 ciblant les jeunes intéressés par la culture. Suite au vif succès de cette première tentative, la « Plateforme de la poésie », consacrée aux talents poétiques de différents styles, voit le jour. Une troisième étape s’ensuit : la « Plateforme de couleurs » qui fait appel aux talents artistiques. Finalement, le projet « Visions » est lancé et  vise à dévoiler les jeunes talents dans les écoles.

 

La "Plateforme de l'innovation" prend vite du succès.  Crédit photo: http://www.alapn.com/ar/news.php?cat=2&id=14358

La « Plateforme de l’innovation » remporte un vif succès.
Crédit image : http://www.alapn.com/ar/news.php?cat=2&id=14358

Ouverte à tous, la « Plateforme » ne juge les personnes que d’après leurs talents. « Même les handicapés jouissant de talents exceptionnels y sont les bienvenus », déclare fièrement la personne en charge du projet, Mohamed Radi Ata.

Cette initiative vient adoucir les mœurs dans une région marquée par les conflits et les guerres. Elle permet aux jeunes Arabes de s’exprimer en beauté et d’oublier le climat de violence dans lequel ils vivent.

بديعة زيدان، « «بسطة إبداع» تدعم مواهب فلسطينية مهمشة » »، في جريدة الحياة،  ، 5 كانون الثاني 2014

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«Citoyen-traducteur» ou «transcitoyen» : Un nouveau concept

Un forum est un lieu d’échanges où l’on peut exprimer son point de vue ou partager une lecture intéressante ou une technique utile. Ce billet s’inscrit dans ce cadre et vous invite à lire un article d’un intérêt particulier pour les traducteurs et interprètes puisqu’il lance un nouveau concept, celui du «citoyen-traducteur» ou «transcitoyen».

« L’identité de l’Europe, c’est la traduction » est un article de Camille de Toledo (écrivain) et Heinz Wismann (philologue) paru dans Le Monde du 25 juin 2014. Voici quelques propos à méditer qui vous donneront un avant-goût de l’article :

« […] Nous habitons désormais des espaces multilingues, plurinationaux. Nous existons dans des «entre-lieux», entre un pays et un autre, entre une ville d’adoption et une ville de naissance. Et il naît de cette situation une nécessité de repenser un lien d’appartenance en accord avec la réalité de nos vies diffractées.

Définir le citoyen européen au XXIe siècle comme « citoyen-traducteur » permet d’articuler des loyautés multiples : être de sa ville, de sa région, de son pays et d’un espace plus vaste, lui-même défini comme espace où la « traduction » est la langue commune. Penser l’appartenance comme un effort pour traduire l’autre et se traduire pour l’autre, ou pour soi-même se tenir, là où la vie et la culture nous mettent, entre les langues, les genres, les rites, les fidélités et les affranchissements.[…]

Repenser l’Europe à partir des «entre»-mondes, autour du seul tryptique qui prépare l’avenir : traduction, migration, hybridation. Autoriser le multiple pour l’avenir, penser les attachements et les loyautés plurielles, voilà le sens de cette langue des langues. […]»

Il est bien entendu recommandé de lire le texte intégral : http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/06/25/l-identite-de-l-europe-c-est-la-traduction_4445045_3232.html