Le traducteur des « Temps Modernes »

Charlie Chaplin l’a bien prévu : il y a 100 ans, « Charlot le vagabond » fit sa première apparition au grand écran. Mais depuis 78 ans,  Les Temps Modernes, sorti dans les salles en 1936 et qui fut un célèbre film de Chaplin, a bien prévu le développement rapide de la machine dominatrice qui allait mettre l’homme à la soumission et à la dépendance.

On a beau dire que l’homme-Prométhée, que la création s’est révoltée contre le Créateur en le dominant. Et voilà une autre création, cette fois-ci humaine, qui suit le même cheminement en reproduisant de nouveau le complexe de Frankenstein. Chaplin l’a bien montré à travers son propre outil, le cinéma ; mais encore à travers la machine, la caméra. La machine a bel et bien aidé l’homme dans plusieurs domaines, et elle l’a remplacé dans les usines, mais personnellement, je refuse d’admettre qu’elle pourrait vraiment le remplacer. En médecine, elle est l’outil et non pas le médecin. Au cinéma, elle est la caméra et non pas le réalisateur. En traduction, elle est le dictionnaire et non pas le traducteur.

Est-ce que le métier de la traduction est en danger face à l’essor des machines ? Pas vraiment. Il est sûrement évident que la machine, dans la plupart des domaines, ne pourra et ne pourrait atteindre les capacités intellectuelles et les émotions qui sont et qui resteront toujours le propre de l’Homme.

En revanche, la machine peut bien aider l’homme en général et le traducteur en particulier à surmonter plusieurs obstacles. Cette invention est surtout utile dans les usines et les industries. Or, un domaine de sciences humaines, médicales, politiques, audiovisuelles, etc., appartiendra toujours à l’homme.

Enfin, il faut bien noter que l’homme qui devenait dépendant et fou à l’époque (à voir ici Les Temps Modernes), il l’est toujours, mais ceci est dû cette fois-ci non pas à la machine, mais aux applications et réseaux sociaux qui l’assujettissent à la soumission la plus horrible…Tout le monde est désormais plongé dans son Smartphone. Au lieu de se voir, on envoie des photos. Au lieu de se parler, on envoie des messages. En conduisant, on envoie des messages whatsapp. En s’amusant entre amis, on prend des photos rien que pour les poster sur Facebook, etc. Le virtuel domine donc le réel. Résultat : smart phones, dumb people !

Et c’est bien la faute de l’homme…Le génie de Chaplin a bien compris l’usage abusif de la machine et de ses inconvénients. Espérons que les spectateurs de ses films classiques comprendront ce même message.

De la tour de Babel à la Pentecôte

Les critiques peuvent diverger parfois autour d’un film, mais sept Oscars et 147 autres prix ne peuvent que refléter la réussite d’un film.

Gravity, sorti en 2013, transmet à l’écran la vie d’une astronaute américaine qui se trouve seule flottant dans l’espace suite à une série de catastrophes : elle perd tous ses collègues suite à la destruction de la navette spatiale par des débris spatiaux. Par conséquent, la jeune astronaute perd son seul moyen de retour sur Terre. Elle affronte désormais maints obstacles et échappe à la mort à plusieurs reprises. Mais le problème demeure le même : comment retourner à la maison ? Trouvant par coup de chance Soyouz (un vaisseau spatial russe), elle s’y dirige pour entamer son voyage de retour.

Mais à part les problèmes techniques qu’elle confronte, en voilà un autre qui se pose, mais cette fois-ci d’ordre linguistique : comment démarrer la capsule alors que tout est écrit en russe ? L’astronaute arrive miraculeusement à faire démarrer la capsule pour assurer son retour sur Terre mais cette dernière, ayant subi des dommages, ne pourrait plus pénétrer la couche atmosphérique. Une dernière lueur d’espoir apparaît devant l’astronaute : il faudrait passer de la capsule russe à Shenzhou (un vaisseau spatial chinois) où se trouve une capsule indemne, et de nouveau le même problème resurgit puisque toutes les indications sont écrites en chinois.

Gravity traduit une tour de Babel dans l’espace. Héroïne et spectateurs errent d’une station américaine à une autre russe puis à une autre chinoise tout en gravitant autour des langues sans les comprendre. La variété des langues devient le problème le plus grave de l’astronaute, et pourtant, cette dernière réussit à retourner enfin sur Terre. On dirait que les trois langues ont été l’opposant puis l’adjuvant dans l’aventure de l’héroïne.

Et miraculeusement, comme la colombe représentant le Saint-Esprit qui jaillit sur les apôtres à la Pentecôte, les langues variées incompréhensibles deviennent le moteur qui va permettre le retour de l’astronaute.

Qui dit langue, dit culture et pays : sur Terre, les États-Unis, la Russie et la Chine continuent à se quereller, mais dans l’espace, c’est leur compréhension au sens premier et deuxième du terme (qui signifie « union ») qui a engendré un retour réussi de l’astronaute. Aimons, apprenons et faisons comprendre les langues, ainsi les nations s’uniront. Choisissons alors la fusion des langues et non pas leur fission !

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Titres de films : En français, ça donne quoi ?

LostinTranslation

Si les Français ont gardé le titre original, les Québecois l’ont quant à eux traduit !

 

Côté septième art, les Français semblent un peu lost in traduction. En France, la moitié des films en salle sont américains et les titres sont souvent traduits. Seul pays européen projetant à la fois versions originales et films doublés sur les grands écrans, les titres y sont souvent «victimes» de la traduction. «The Iron Lady» s’est de ce fait converti en «La Dame de Fer» et «The Ides of March» a été traduit par «Les marches du pouvoir». Néanmoins, dernièrement, plusieurs films ont paru avec des titres en anglais – seulement, sans vouloir vous décevoir, des titres encore très différents des titres originaux. C’est ainsi que «Crazy Night» a remplacé «Date Night», et que «The Hangover» a pris une forme plus explicite: «Very Bad Trip»…

L’adaptation bizarroïde la plus récente est le film nominé aux derniers Oscars «Silver Lining Playbook» qui a muté pour prendre la forme de «Happiness Therapy». «Silver Lining Playbook» a déjà un sens relativement opaque pour les Anglophones et une traduction littérale en français, «Mode d’emploi du bonheur», n’aurait pu que nous faire grincer des dents. Cette proposition reste cependant remarquable en comparaison à celle de Google Translate : «Playbook doublure argentée»!

Il faut dire que la tendance voudrait que la langue de Shakespeare demeure pour certains films américains; le public français préfère que le titre reste inchangé pour garder son cachet «cool américain», et les producteurs cherchent à trouver des titres plus simples et plus compréhensibles pour le public français anglophone.

Mais il faut rester prudents; aujourd’hui, les films ont déjà une vie en ligne avant leur sortie, et c’est une des raisons pour laquelle les titres doivent souvent rester en anglais. Par exemple, le premier «Die Hard» sorti dans les années 80 avait été traduit par «Le piège de Crystal»; aujourd’hui, «Die Hard 4» n’est autre que «Die Hard 4» en français.

Toutefois, la démarche dépend du genre du film. Nous ne verrons sûrement pas du même œil le titre d’un film d’auteur ou celui d’extra-terrestres attaquant la Maison Blanche ! «No Strings Attached» a été simplement traduit par «Sex friends» et personne ne pourra passer à côté du sujet en question.

Quant aux films pour enfants, c’est une autre histoire. Ils sont traduits systématiquement. Les enfants vont voir un film que leur maman leur permet de voir, et un titre anglais pourrait induire les parents en erreur, leur faisant croire que c’est un film pour adultes. «Up» est alors devenu «Là-Haut», «Despicable me» «Moi, Moche et Méchant» et «Finding Nemo» « Le Monde de Nemo».

Alors ? Traduire ou ne pas traduire ? Telle est la question…!

Hannah OLIVENNES. «In France, They Call It ‘Happiness Therapy’», in http://rendezvous.blogs.nytimes.com/2013/03/07/in-france-they-call-it-happiness-therapy/?hpw, March 7, 2013.

Pour en savoir plus, lire aussi : Christophe COURTOIS. «Apologie du titre français en 44 films», in http://christophecourtois.blogspot.fr/2010/07/apologie-du-titre-francais-en-44-films.html#!/2010/07/apologie-du-titre-francais-en-44-films.html

 Crédit photo : http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18460333&carticlepage=16293&page=2&cmediafichier=19107095.html