Écrire pour qui et pourquoi ?

Est-ce que l’acte d’écrire est soumis aux lois de la phénoménologie ? Cette doctrine philosophique nous montre qu’une table n’est pas une table à moins qu’elle ne soit utilisée. Est-ce que l’écriture alors reste un acte inachevé, voire manqué tant qu’elle n’est pas lue ? Autrement dit, est-ce la lecture qui met en exergue l’écriture et la rend plus réelle ?

L’écrivain ne peut certainement pas vivre sans son lecteur, comme l’acteur qui ne vit pas sans son spectateur, comme le prof qui ne vit pas sans ses étudiants et vice versa. Mais en général, on écrit car l’on éprouve ce besoin d’écrire. Parfois, on écrit car l’écriture est un acte exorciste et purifiant. Ainsi, l’écrivain trouve son salut dans son œuvre.

Le créateur a besoin de ses créatures, certes – et voilà pourquoi Dieu a créé l’homme. Or, « l’homme est une création du plaisir et non pas du besoin », comme dit Gaston Bachelard. Néanmoins, la créature éprouve plus de besoin pour son créateur : c’est le lecteur qui cherche l’écrivain, c’est le spectateur qui suit l’acteur et ce sont les fidèles qui adorent Dieu et non pas l’inverse.

Dieu créa l’homme à son image. La créature ressemble donc au Créateur. Par conséquent, la créature qui peut créer est à son tour un dieu et  un créateur orgueilleux : «Je veux vivre puissant et orgueilleux puisque je fus créé à l’image de Dieu »,  dit le poète-créateur Apollinaire.

Mais il faut noter que le créateur ou le Créateur est orgueilleux mais pas narcissique car il peut bel et bien vivre sans sa créature mais il préfère vivre avec.

 En effet, l’écrivain écrit pour le plaisir, pour la beauté, pour la réforme, pour l’évolution, pour la purification, etc. Qu’on lise ses écritures ou pas, ceci n’est plus la question car il a déjà transmis son message, il a déjà évolué et éprouvé du plaisir. Ce plaisir grandira avec le partage. Mais le non-partage n’annihile pas la présence du plaisir. Le non-partage n’efface pas ce qui a été écrit sur les pages même s’il n’a pas été lu.

L’acte de plaisir et d’écrire se concrétise avec ou sans le lecteur. Et comment concrétiser cet acte alors que  nous vivons dans un siècle où le lecteur devient de plus en plus incurieux et désenchanté, où les seuls « comments » qui pourraient l’attirer sont ceux des réseaux sociaux et de l’application WhatsApp ?!

« Un livre est une bouteille jetée en pleine mer sur laquelle il faut coller cette étiquette : attrape qui peut », dit Musset. C’est au lecteur donc d’attraper la torche de la connaissance attisée déjà par l’écrivain; mais peu importe si ce lecteur l’attrape ou pas…

…car,

Chers lecteurs,

À l’impératif on ne peut conjuguer

Ni le verbe lire ni le verbe aimer

Qu’on me lise ou pas n’est pas vraiment la loi

Car avant et après tout, je n’écris que pour moi !

Fragonard,_Inspiration

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L’écrivain regardant des lecteurs…

Est-ce que l’écriture et la lecture sont réciproques?

Comment écrire un best-seller ? Les informaticiens ont la réponse !

Des informaticiens viennent de développer un algorithme dont le rôle est de prédire à 84% le succès ou l’échec d’un roman. Cette méthode peut également déduire des astuces et donner des conseils aux écrivains afin de produire un roman réussi.

Il s’agit de la stylométrie statistique qui détecte mathématiquement les points forts et faibles d’un roman tout en devinant d’avance s’il sera un best-seller ou pas. Les concepteurs de ce système, des informaticiens de l’Université d’État de New York à Stony Brook, révèlent que leur algorithme détecte la réussite d’un roman en se basant sur plusieurs critères tels que l’originalité, le style d’écriture, la force de l’intrigue, le degré d’intérêt, etc. Par ailleurs, les informaticiens reconnaissent le rôle important que peut jouer parfois la chance dans la réussite ou l’échec d’un roman.

Comment cet algorithme a-t-il vu le jour ? Il a suffit de télécharger des livres classiques des archives du projet Gutenberg tout en analysant les textes grâce à des algorithmes et en comparant les prédictions aux informations recueillies sur l’historique d’une œuvre. Désormais, tous les livres allant de la science-fiction à la littérature classique en passant par la poésie y ont été téléchargés. Quant aux œuvres moins réussies, les informaticiens les ont choisies de la liste des livres les moins vendus sur Amazon. 

Concernant les astuces, le système en propose plusieurs déduites de l’étude d’un ensemble de best-sellers tels que l’usage massif des conjonctions, des noms et des adjectifs. En revanche, les œuvres moins réussies comprenaient beaucoup de verbes et d’adverbes. Elles comprenaient aussi des verbes qui décrivent l’émotion et l’action alors que les romans réussis préféraient davantage les verbes d’état et de pensée comme « reconnaître » et « se souvenir ».

Et pourtant, « prédire le succès d’une œuvre pose un dilemme tant pour les futurs écrivains que pour les éditeurs », affirme le professeur Yejin Choi, l’un des auteurs de l’article écrit sur la recette du best-seller et publié  par l’Association Of Computational Linguistics.

« Les travaux antérieurs tentaient de dévoiler la recette secrète des œuvres réussies tout en se basant sur une dizaine d’œuvres. Par conséquent, ces études demeurent plus qualitatives que quantitatives car elles analysent l’intrigue d’une œuvre, son protagoniste, son antagoniste, etc.  Par contre, notre méthode se base sur une collection de 800 livres qui appartiennent à plusieurs genres, ce qui nous permet de nous exposer à plusieurs modèles lexicaux, syntaxiques et discursifs qui caractérisent les styles que les œuvres réussies ont en commun », assure le professeur Choi.

Désormais, pour devenir écrivain et pour garantir le succès d’une œuvre, il suffira juste de demander l’aide d’un algorithme. Les machines seraient-elles devenues capables de sentir la beauté de la littérature car elles semblent détecter la réussite d’un roman ? Sûrement pas ! La réussite d’un roman n’implique jamais sa beauté ; il y a littérature et littérature !

 

Sparkes, Matthew, « Scientists find secret to writing a best-selling novel », 09 January 2014, http://www.telegraph.co.uk/technology/news/10560533/Scientists‐find‐secret‐to‐writing‐a‐best‐ selling‐novel.html